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La chronique du 21 août 2022 : la presse en RDC est-elle, comme ailleurs, considérée comme le 4e pouvoir ?

En mai 2019, des journalistes ont réfléchi aux moyens de faire des médias un 4e pouvoir en RDC sous le thème « Médias comme 4e pouvoir en République Démocratique du Congo : Quel type de journalisme ? ». En partenariat avec l’UNESCO, le BCNUDH, l’UNPC et JED.

Lisez UNESCO, Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme, Union nationale de la presse du Congo et Journaliste en danger.

Ce thème a été inspiré par le discours d’investiture de l’actuel Chef de l’État, qui a affirmé son engagement en faveur de la promotion d’une presse libre, indépendante et plurielle. En effet, le président Tshisekedi voulait voir la presse jouer véritablement son rôle de quatrième pouvoir au service de la nation, reconnaissant ainsi le rôle important dans la société congolaise des moyens de communication et d’information.

Pendant ce forum, il a aussi été dit que les médias pouvaient être un canal de violation des droits de l’homme par la diffamation et l’injure et que des mécanismes de contrôle devaient être mis en place.

La ministre intérimaire des Médias et Communication, Marie-Ange Mushobekwa, dans son mot d’ouverture des travaux annonçaient qu’il existait « 70 chaines de télévision, 300 radios et 200 titres de journaux… » (à Kinshasa, je présume), témoignant ainsi que la presse est véritablement un quatrième pouvoir en RDC (…)

Une première réflexion me vient alors à l’esprit quant aux propos de la ministre : en quoi pléthore de médias signifie-t-elle quatrième pouvoir quand on sait également que bon nombre de médias sont créés par des élu.e.s en vue de préparer des élections ?

Source : UNESCO

Remontons le temps

C’est très tôt que la presse s’est imposée comme un nouveau pouvoir remettant en cause le modèle arrêté par Montesquieu. C’est dès 1787 qu’on parle d’un « quatrième pouvoir ». Ainsi, dans « De la démocratie en Amérique (1833) », Alexis de Tocqueville retrace une nouvelle classification du pouvoir, à savoir le pouvoir central (exécutif, législatif et judiciaire), le pouvoir local (les pouvoirs fédérés), le pouvoir associatif (les lobbies) et enfin la presse écrite.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les moyens de communication de masse ont pris dans notre société et chez les individus une place de plus en plus importante, à tel point qu’on parle d’une « société de consommation ».

Le web

Sur le web, nous retenons la profusion des fake news mettant ainsi à mal la perception que les internautes peuvent avoir de la véracité des faits. L’immédiateté de l’info prime maintenant au risque de ne plus vérifier les sources et l’esprit critique nécessaire passe au second plan pour autant qu’on l’exerce encore. La presse est également touchée par ce phénomène, mais pour d’autres raisons également, raisons qui peuvent être dues à la manière dont sont considérés les journalistes ici en RDC.

Les questions pleuvent

La presse est-elle une société de consommation, la presse est-elle vraiment le contre-pouvoir qu’elle prétend être ? Ici en RDC, elle apparaît de plus en plus sous contrôle, perdant ainsi ce qui faisait sa force et sa légitimité : son autonomie.

Dans son mémoire sur le thème « La déontologie de la presse en RDC » (2020-2021), NTUMBA KABAMBA MANASSE nous dit ceci : « La presse congolaise est devenue le terrain des dérapages continuels, la politique a pris les dessus sur l’éthique et la déontologie de journaliste au point où nous avons maintenant une presse propagandiste et des journalistes qui se sont transformés en militants. »

Et il ajoute : « Malgré la mise en place depuis 2004 des principes de déontologie de la presse en R.D.C, le constat sur terrain reste amer dans la mesure où il n’y a pas un jour qui passe sans qu’il ait la diffusion des messages diffamatoires, des injures et nous avons à longueur des journées des informations non vérifiées sorties d’une investigation ayant un soubassement d’une source non crédible. (…) L’univers de la presse en République Démocratique du Congo est marqué depuis l’alternance pacifique du pouvoir entre le président honorreur J. Kabila Et F. Tshisekedi, président en exercice par un dérapage accru des journalistes caractérisé par des propres diffamatoires, des injures non recadrées des invités sur les plateaux des émissions ou dans la publication des revues de presse.

(…) la sphère médiatique congolaise est submergée par des journalistes politiciens qui montrent leurs couleurs et positions politiques ignorant complètement la loi de neutralité que martèle l’éthique déontologique congolaise. »

Re-question : la presse est-elle autonome en RDC ? Poser la question, c’est déjà une réponse affirment certains spécialistes.

Janvier 2022

Le 25 janvier 2022, le président Félix Tshisekedi a lancé les travaux des états généraux de la communication et des médias à Kinshasa. Ces assises ont eu pour thème principal : « Les médias congolais : quelles perspectives à l’ère du numérique et des enjeux et défis du développement durable ».

Ces états généraux visaient à jeter un regard rétrospectif sur les pratiques de la presse et de la régulation des médias et de dégager les perspectives d’avenir au moyen d’un dialogue proactif et inclusif entre les parties prenantes.

Dans son discours, Félix Tshisekedi reconnaissait les difficultés auxquelles font face les journalistes dans l’exercice de leur métier et disait attendre les résolutions des travaux pour voir dans quelle mesure accompagner la presse dans son volet viabilité économique.

« Je suis conscient de vos difficultés qui sont inhérentes au contexte économique général du pays. La pauvreté des médias est l’une des formes les plus dangereuses de la pauvreté parce qu’elle empêche les populations d’être pleinement informées de la marche de leur pays et du monde. Je serai heureux de connaître les conclusions de vos échanges sur la viabilité économique des médias et nous verrons dans la mesure du possible comment nous pouvons nous impliquer pour relever ensemble ce défi et avoir des médias puissants capables de mieux nous accompagner dans la marche pour le changement de narratif en République Démocratique du Congo ».

Je n’ai, à ce jour, pas eu vue sur le rapport de ces assises. Peut-être que vous, chers lecteurs, en avez pris connaissance ?

Mai 2022

« Les journalistes et les médias congolais restent exposés aux diverses pressions et censures, aux arrestations arbitraires et aux menaces directes et indirectes » annonce Journaliste en danger en mai 2022….

Alors quid ?

La presse ne doit-elle pas être indépendante tel un véritable 4e pouvoir et rester un contre-pouvoir permettant de préserver la démocratie d’autant qu’elle influence le comportement des individus ? Je le pense, mais lorsqu’un journaliste doit, pour nourrir sa famille, « trouver le pain », ne vous étonnez pas de voir encore subsister Fake news, désinformations, allégories des uns, haine des autres…

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