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La chronique du 13 juin 2022 : visite royale ou Veni, vidi et…ego reliquit ?

Vici, pas vraiment ! Ego reliquit peut-être…Un contre-pied à la vision historique relatée par la presse.

Le Roi, la Reine sans le petit Prince son venu chez « nous » pour nous serrer la pince…. Aurait pu nous dire la comptine à la sauce, bien entendu, Rumba congolaise.

Discours, regrets, visites et promesses – celles-là politiques – à gogo (Sieur De Croo a même signalé que la Belgique pourrait aider à régler « rapidement » le problème à l’Est du pays, ce que personne n’a réussi depuis près de 30 ans). Que retenir d’autres si ce n’est qu’un langage DI-PLO-MA-TI-QUE très courant en pareilles circonstances et des coups de peinture et de réfections là où le couple royal devait se rendre… Une lueur d’espoir cependant à Bukavu si l’on en croit les reportages ? Rien n’est moins sûr.

Ah oui, une série de mots en –tion a été prononcée aussi. Je vous laisse le soin de les (re)trouver.

De quoi chanter une conclusion, façon Mylène Farmer, à l’attention de la population.

N’aie pas de regrets
Fais-moi confiance, et pense
À tous les no way
L’indifférence des sens
N’aie pas de regrets
Fais la promesse, tu sais que
L’hiver et l’automne n’ont pu s’aimer

Et pour clore le débat, voici les textes enregistrés en vidéo auparavant…

Si j’avais été Roi…

J’aurais pu vous dire ce qui suit, mais je ne suis pas lui, Je suis moi et je m’inspire d’écrits ici et là. Il ne l’a pas dit, la diplomatie économique prenant le pas sur toutes autres considérations.

Il y a deux ans, dans un courrier à votre président, je soulignais les « réalisations communes » de notre histoire, tout en exprimant mes regrets à propos d’ « actes de violence et de cruauté » de l’époque de l’État indépendant du Congo, ainsi que « des souffrances et des humiliations » causées durant la période coloniale qui a suivi.

Aujourd’hui, je désire vous présenter formellement mes excuses en précisant que ces exactions n’étaient en rien les dégâts collatéraux d’une quelconque mission civilisatrice. Longtemps ma famille a refusé de le reconnaître, mais je dois en convenir maintenant : le colonialisme est par essence une entreprise de domination et d’exploitation, qui se réalise toujours par l’exercice de la violence. Une violence sanglante et raciste, qui considère que la vie des populations locales importe peu.

Le colonialisme poursuit avant tout un but économique. Enrichir l’élite belge et de grandes sociétés: tel était le dessein. Léopold II, le frère aîné de mon-arrière-arrière-grand-père Philippe, était lui-même guidé par cette ambition de puissance et d’enrichissement en s’appropriant, en tant que patrimoine personnel, un  territoire 76 fois plus grand, voire davantage, que la Belgique et en imposant sa dictature meurtrière à ses habitants.

Sans le vol massif de vos terres et de vos richesses naturelles, sans le travail forcé de vos ancêtres, de grandes familles capitalistes ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui en Belgique. N’en veuillez pas à la population belge : elle subissait elle-même – dans des conditions certes différentes – l’exploitation et la répression aux profits des mêmes grands groupes industriels et financiers. Des groupes dont ma famille était actionnaire.

Mon oncle, le roi Baudouin, n’acceptait pas l’indépendance. Du moins une véritable indépendance telle que Patrice Emery Lumumba la revendiquait. Un Congo dont les dirigeants congolais n’obéiraient plus aux intérêts du grand capital belge était inconcevable pour Baudouin. C’est la raison pour laquelle il n’aimait pas Lumumba.

L’assassinat de ce dernier, votre premier Premier ministre démocratiquement élu, ainsi que les actes de guerre ayant tué un grand nombre d’indépendantistes congolais, visaient à maintenir une domination néo-coloniale derrière le paravent d’une indépendance formelle.

Durant ces six décennies qui nous séparent de l’indépendance, la politique de la Belgique et de l’Occident s’est employée à maintenir l’Afrique dans sa condition de livreur de matières premières bon marché. Vous êtes victimes d’avoir un pays riche en matières premières aiguisant l’appétit de puissants intérêts économiques.

Restituer ces injustices immenses est un défi énorme. Il ne s’agit pas de vous donner en cadeau quelques dizaines de pièces d’art. Il s’agit de reconnaître votre souveraineté et votre indépendance.  La construction d’une économie à part entière qui vous permettra de vivre une sécurité alimentaire, de bénéficier de conditions de vie dignes, de soins de santé, d’un système d’enseignement de qualité : tel est le défi pour les années à venir. Vous n’atteindrez pas ce but grâce à nos prétendus aides et conseils, mais à travers le chemin que vous vous tracerez vous-mêmes.

Quant à l’Etat belge, il doit en finir avec le paternalisme raciste, avec les injonctions, avec les ingérences envers votre pays sur les questions politiques et économiques. Trop souvent, et encore il n’y a pas si longtemps, des ministres belges des Affaires étrangères ont fait preuve d’ingérence et se sont érigés en donneurs de leçons, comme s’ils avaient oublié que le Congo n’est plus une colonie…

Ce sont de véritables relations d’égal à égal entre nos peuples qu’il nous faudra construire.

Je suis « moi » et la liberté d’expression m’en donne le droit.

Peuple congolais, pardonnez-moi si, comme le dit si bien M. Yourcenar, «chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil». Pardonnez-moi si Le pardon n’est pas suffisant pour pérenniser le vivre ensemble. Pardonnez-moi, pardonnez-leur.

«L’Homme nait bon» nous a dit Rousseau, «c’est la société qui le corrompt» a-t-il ajouté. Il y a cependant en chaque individu une double tendance : l’une à vivre avec ses semblables, l’autre à vouloir en tirer profit pour lui-même. Force est de constater qu’une certaine société a un penchant particulier pour la seconde tendance. Pardon pour eux, pardon pour le profit tiré à une certaine époque – mais qui subsiste encore et toujours -, pardon.

Pardon donc pour les responsables d’une barbarie sans nom. Sans doute n’ont-ils suffisamment appris pour se sentir reliés aux autres. Pardon pour cette éducation d’un autre temps donnée, pour cet ethnocentrisme nauséabond inculqué, pardon pour ce roi sans foi ni loi qui a abusé de son aura. Pardon aussi pour ce qui s’écrit aujourd’hui, pardon pour l’inculture des uns, pour le fanatisme idiot d’autres. Pardon pour une histoire qui semble se perpétuer en mots qui sont autant de maux tels les sempiternels «qu’ils restent chez eux», les «républiques bananières». Pardon encore et toujours. Pardon aussi pour les expositions d’antan, les chaînes, les fouets, les vols, les viols, les enfants abandonnés, les villages détruits.

Pardon de vous avoir utilisé comme chair à canons, comme monnaie d’échange, comme nous ne voudrions pas être considérés. Pardon donc pour l’animalité dont certains ont fait preuve. Pardon aussi pour cet échange de bibles contre vos terres, pardon pour cette ignoble déshumanisation qui fut vôtre sous le fallacieux prétexte de la religion. Pardon pour l’imposition d’une culture qui vous était étrangère et pour les multiples tentatives d’éradication de vos us et coutumes.

Je suis un belge moyen, un citoyen lambda, je ne suis ni roi, ni religieux, ni politique… Je suis un citoyen du monde meurtri par les atrocités passées, présentes et, hélas, à venir. Mon cœur et ma conscience me disent de demander pardon pour des actes dont je ne suis pas responsable mais au nom d’un héritage issu de ma nationalité. Ce pardon, je vous l’exprime d’ici à Lubumbashi, sur vos terres qui m’accueillent avec chaleur et bienveillance. Mon pardon, je le partage avec vous.

Pardonnez-leur, ils ne savaient pas – ou trop bien – ce qu’ils faisaient…

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