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Adaptation du Discours à l’Assemblé Nationale, 9 juillet 1849 de Victor Hugo, «Détruire la misère »

Quand un texte ne demande guère de modifications pour s’adapter à une situation du XXI° siècle… De 1849 à nos jours, si loin et proche à la fois. Que Victor, là où il est, puisse me pardonner ce « plagiat adapté » aux circonstances.

Je ne suis pas, Excellences et Honorables, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, Excellences et Honorables, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme Ebola était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme Ebola a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli.

La misère, Excellences et Honorables, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Europe, je ne dis pas au moyen-âge, je dis en République démocratique du Congo, je dis à Kinshasa, à Béni, Lubumbashi et ailleurs dans le pays et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

Il y a dans Lubumbashi…  

Mon Dieu, je n’hésite pas à les citer, ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s’il faut dire toute ma pensée, je voudrais qu’il sortît de cette Assemblée, et au besoin j’en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en RDC. Je voudrais que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ?

Voici donc ces faits.

Il y a dans Lubumbashi, dans ces quartiers de Lubumbashi que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés çà et là où même des gens s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid du moment.

Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux, que dis-je, des, oui des malheureux shegués vont sans doute mourir de faim parce qu’ils ne mangent plus depuis des jours entiers. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Il y a peu, on a trouvé une mère enterrer ses quatre enfants dans son lopin de terre parce qu’ils avaient mangé de la nourriture trouvée dans les débris immondes et pestilentiels le long de certaines artères !

Eh bien, Excellences et Honorables, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m’écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n’est qu’un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette Assemblée, majorité et minorité, n’importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette Assemblée n’eût qu’une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l’abolition de la misère !  

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