Aller au contenu principal

Le paradoxe congolais

Alors que 2023 approche et que l’eau et l’électricité sont des enjeux économiques, politiques, sociaux, techniques, environnementaux et climatiques indissociables, le décalage entre le potentiel surabondant et l’offre déficitaire subsiste !

Rares pourtant sont les programmes politiques mettant les deux points dans leurs priorités.

En la matière, la République démocratique du Congo est le pays des paradoxes : elle est à la fois un géant par les ressources dont elle dispose, et un nain par les capacités réelles sur lesquelles elle peut s’appuyer aujourd’hui.

Quelques conséquences du manque d’eau et d’électricité

« Lorsque l’eau et l’électricité seront accessible à tous, l’éducation, la santé et bien d’autres domaines pourront alors faire valoir les qualités qui sont les leurs en d’autres lieux. »

ÉDUCATION

  • Les enfants doivent aller chercher l’eau au lieu d’aller à l’école. Ils doivent utiliser un tas de solutions inadéquates en matière de santé pour étudier le soir.
  • Les écoles sans infrastructures (Eau, Assainissement et Hygiène) deviennent des endroits à haut risque d’infections. Les écoles sans infrastructures peinent à donner le meilleur d’elles-mêmes, ce qui rend la scolarisation caduque.
  • Les écoles sans dispositifs de gestion de l’hygiène menstruelle empêchent la scolarisation des jeunes filles tous les mois dans certaines régions.

SANTÉ

  • Les communautés sans infrastructures et sans sensibilisation à l’hygiène sont affectées par les maladies hydriques et surchargent les centres de santé.
  • Les centres de santé sans infrastructures deviennent des endroits à haut risque d’infections et ne peuvent assurer les soins nécessaires.
  • Sans infrastructures et sans sensibilisation à l’hygiène, l’affaiblissement immunitaire peut entraîner la malnutrition.
  • Sans infrastructures et sans sensibilisation à l’hygiène, la production de nourriture (abattoir, restaurants, cantines, cuisine domestique…) devient une source de maladies.

ÉCONOMIE

  • Les personnes (spécialement les femmes dans certains pays) doivent aller chercher l’eau au lieu de travailler.
  • Certaines activités productives (notamment l’agriculture) ne peuvent pas fonctionner sans accès à l’eau.
  • Certaines activités productives souffrent sans accès à l’électricité.
  • La création d’entreprises est rendue difficile.

ENVIRONNEMENT/SOCIAL

  • Le manque d’accès durable à l’eau provoque une exploitation sauvage de la ressource avec un impact environnemental qui, dans certains cas, peut devenir irréversible.
  • Le manque d’électricité est un facteur d’insécurité notoire.

ABRIS

  • Le manque de gestion durable des ressources d’eau peut amener à une dégradation de l’hygiène dans les abris (humidité, insectes, rongeurs), voire à leur destruction qui peut même toucher des communautés entières (dans les cas d’inondations ou de glissement de terrain par exemple).

RÉPONSE AUX CATASTROPHES

  • Les communautés sans infrastructures et sans sensibilisation à l’hygiène ont une résilience et une résistance mineures aux catastrophes.
  • Les services sans résilience et résistance adéquates aux catastrophes peuvent contribuer aux risques sur la santé (ex. latrine inondée).

Tout cela a un coût, mais, et selon une majorité de la population, c’est avant tout un manque de volonté flagrant. Les fastes, les voyages ont aussi un coût et qu’est-ce que cela rapporte aux congolais me lance-t-on régulièrement.

Les solutions sont pourtant là, une question évidente de volonté !

(Solutions données sur base d’un rapport de l’Institut Français des Relations Internationales)

La responsabilité de l’Etat est d’instaurer un cadre réglementaire, législatif et institutionnel propre à donner une visibilité à long terme et une transparence sur les conditions d’investissement jusqu’à la bonne gouvernance indispensable à la fiabilité du développement industriel et commercial du secteur. Aucun développement significatif ne sera par ailleurs économiquement possible ni durable sans la construction de marchés — et donc de projets — à des mailles provinciales, puis « communales ». De telles intégrations provinciales sont indispensables à la fois pour mutualiser les investissements, pour augmenter la taille des marchés potentiels, rationaliser le déploiement des infrastructures, optimiser leur maintenance et sécuriser leur gestion à travers des standards communs.

En matière d’électricité, l’Europe à partir de la fin du XIXe siècle et jusqu’à la période de l’après-guerre, plus récemment la Chine et l’Inde, n’ont pas procédé autrement en commençant par asseoir un système électrique centralisé techniquement performant et économiquement compétitif, capable de générer de nouvelles richesses, de nouvelles capacités d’investissement, lesquelles irriguent progressivement les différents secteurs économiques et toutes les couches sociales pour finir par atteindre les plus démunies.

Autre point de passage obligé, encore insuffisamment traité: l’investissement doit aussi se porter massivement sur la formation des personnels et sur les transferts de compétences dans l’ensemble des classes de métiers, depuis les décideurs chargés des politiques, jusqu’aux techniciens. Ces besoins affectent la quasi-totalité des compagnies nationales, et concernent au premier chef les nouveaux métiers liés aux programmes qui seraient alors mis en place.

La pérennité des efforts financiers et techniques qui seront consentis ces prochaines années ne sera garantie qu’au prix d’un engagement équivalent sur les compétences humaines. Enfin, il reste à mener une réflexion sur les choix technologiques, car ils joueront un rôle clé. Face à certains raisonnements parfois idéalistes ou trop théoriques (l’énergie solaire vue comme la panacée, l’électrification de toute l’Afrique à partir du site hydroélectrique d’INGA en République démocratique du Congo…), il paraît urgent de remettre au coeur des discussions des raisonnements pragmatiques qui s’appuient sur la performance économique des systèmes envisagés, leur adaptabilité technique à un contexte donné (quelles sont les ressources localement disponibles, quels sont les besoins en consommation aujourd’hui, demain), sans oublier bien sûr l’acceptabilité sociale, environnementale et climatique.

Fabrice Salembier

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :