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Lorsque Carmen Toudonou préfaçait « Sinibagirwa »

Il fut une époque où l’homme se figurait tout puissant, être d’exception au cœur d’une terre, elle-même exceptionnelle, toute belle dans sa platitude, centre de l’univers, référence absolue de l’espace-temps. C’était le temps d’une gloriole toute éphémère qu’est venue abolir la découverte de la rotondité de la terre, celle des autres planètes, enfin, celle de l’univers et de son infinité – mais l’univers est-il réellement infini ou est-ce juste l’incapacité des hommes à le sonder jusques à ses confins qui les borne à cette conclusion extravagante somme toute ? Depuis, l’homme sait les atomes, il sait les molécules, et il sait, hélas, qu’à l’échelle de cet univers, il représente moins qu’une poussière de neutron, si la chose se peut concevoir, et dès lors, la réflexion sur la finalité de l’existence de l’homme, sur sa place dans ce que l’on nomme société, vocable regroupant un ensemble diffus fait de la famille, du milieu d’extraction, des autres qui ne sont pas le moi, cette réflexion n’a jamais été aussi cruciale.

C’est dans ce sillage qu’il faut situer Sinibagirwa, cet ouvrage regroupant des notes autobiographiques de Fabrice Salembier. L’on pourrait se borner à voir dans ces lignes, quelques carnets de voyages, quelques récits de tranches de vie, que sous-tendent surtout une belle philosophie de vie de l’auteur, épicurien au sens noble du terme. Mais ce livre est avant tout une réflexion qui pose la problématique de la solitude de l’homme, dans la société, au cœur de l’univers même qu’il n’arrête pas de réinventer dans sa petite machine à penser. Marié ou divorcé, père ou non, enseignant dans une bourgade de son pays ou expatrié, l’homme est avant tout seul. Seul avec les préjugés alentours, seul face aux choix de vie à faire, seul face aux autres, à la rencontre de qui il peut alors opter d’aller ou pas.

Cette solitude existentielle, qui poursuit l’homme jusque dans le néant, la littérature nous propose plusieurs façons de l’affronter. Nous avons, par exemple, le prototype du héros qui refuse de se sortir de cette solitude, qui refuse donc le moule de la société, qui se rebelle contre, et choisi alors le suicide. Tel le jeune Werther de Goethe qui n’accepte pas l’échec d’une relation anathème. Il y a également ceux qui, sans même s’en rendre compte, induisent la mort de cet être tant aimé, afin peut-être que cesse le tourment, et que le ronron traditionnel reprenne son cours. C’est le héros sans nom de Le diable au corps de Raymond Radiguet, c’est Armand Duval de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas Fils. Il y a aussi ceux qui choisissent de tuer pour mieux s’anéantir dans une société qui leur déplaît, ainsi que la Thérèse Desqueyroux de François Mauriac. Puis il y a les optimistes de la vie comme Grégoire Nakobomayo de l’African psycho d’Alain Mabanckou, personnages qui révèlent le meilleur d’eux-mêmes alors que les conditions ne les y prédestinent pas, même si la positivité n’est pas toujours autant partagée que le bon sens cartésien. C’est dans cette dernière optique que se situe la geste de Fabrice Salembier, propre héros de son ouvrage, voyageur infatigable, passionné de l’autre, qui aura mis du temps pour se découvrir à lui même, dans une quête de l’identité, qui l’aura conduit non pas seulement à l’Afrique, mais surtout jusqu’à l’Autre.

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