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Il ne demandait qu’une chose, présenter sa nouvelle famille à ses parents

Il ne demandait qu’une chose, présenter sa nouvelle famille à ses parents !

C’est en 2020 qu’il décida de se remarier. Jusque-là, rien de bien exceptionnel. Un mariage à l’étranger, avec, pour les instances, une « étrangère », une « non belge », il lui suffisait de faire légaliser les choses. Cela prit du temps, des démarches, des incohérences, mais le sésame fut obtenu. De cette union, une petite fille vit le jour un an plus tard à la grande fierté de ses parents. Étant à l’étranger et au vu de la situation pandémique, sa famille n’avait pu assister aux noces ni à la naissance de l’enfant d’ailleurs. Rien de bien dramatique s’était-il dit, un voyage en Europe, avec sa nouvelle famille, allait mettre ces moments particuliers au rayon des souvenirs à raconter plus tard.

Il entreprit alors les démarches en commençant par se renseigner auprès des autorités belges compétentes de la place. Compétence, il comprit rapidement que le mot n’avait pas la même signification pour tout le monde. En effet, alors, qu’il avait, à maintes reprises, signalé à son consulat ses changements d’adresse, il se fit entendre qu’il était toujours dépendant de ce consulat par l’Ambassade alors qu’il n’était plus dans la ville dudit consulat, mais bien dans la ville de l’Ambassade. Difficile à suivre n’est-ce pas ? Un peu comme la situation qualifiée aisément d’ubuesque. Il se décida alors d’entrer en contact direct avec « son » ministère des Affaires étrangères, l’idée étant de se rendre en Belgique, comme déjà dit, pour y présenter son épouse et sa fille à ses parents ; un aller-retour, tout simplement. Les informations trouvées çà et là ne le rassurant pas, il demanda également ce qu’il devait faire en cas de retour définitif sur sa terre natale.

On lui signala, et ce dans l’ordre, que plusieurs choses entraient en ligne de compte.

Sa carte d’identité belge étant périmée depuis 2017, elle devait, avant toute chose être renouvelée par les instances, son « passeport ne constituant pas une preuve d’identité et/ou de nationalité ». Depuis 2017, il n’avait pourtant eu aucun souci à voyager vers la Belgique et il lui avait pourtant été dit que cette pièce d’identité, il pouvait la mettre à jour lorsqu’il se réinscrirait dans une commune belge en cas de retour définitif.

Quant à son acte de mariage, déjà légalisé par les autorités belges, on lui fit savoir que son consulat devait en faire mention au Registre national et qu’il lui était conseillé de se munir d’un autre exemplaire « imprimé » à Lubumbashi à faire transcrire en Belgique en cas de retour définitif. Étant à plus de 1 500 km de Lubumbashi à vol d’oiseau et à 10 km de l’Ambassade, avouez le cocasse de la situation.

Il lui fut aussi signalé que l’acte de naissance de sa fille devait être légalisé par le ministère congolais des Affaires étrangères puis par l’ambassade de Belgique à Kinshasa. Nécessaire afin que sa fille soit inscrite dans les registres consulaires de population…du consulat à Lubumbashi et au Registre national. Nécessaire car exigé pour la délivrance d’un passeport belge. En effet, les enfants qui voyagent, même lorsqu’il s’agit encore de nourrissons, doivent être en possession de leur propre document de voyage. Rien de bien étrange que tout cela, il se devait de le préciser.

Ces tracasseries administratives, bien que compliquées, ne semblaient pas insurmontables. Compliquées parce que l’expérience lui avait montré que la lenteur et le peu de cas de l’être humain faisaient parfois bon ménage dans lesdits établissements cités.

C’est à la lecture des derniers éléments que son sang ne fit qu’un tour. Il lui fut signifié, en cas de retour définitif en Belgique, qu’il était exclu qu’il puisse voyager rapidement avec son épouse et sa fille, que son épouse devait faire la demande d’un visa de regroupement familial et que cette procédure prenait jusqu’à 6 mois. Tout cela accompagné de conditions imposées, à savoir, une preuve de lien de parenté, des revenus stables, réguliers et suffisants, un logement suffisant pour accueillir sa famille et une couverture mutuelle assurant également la personne demandant le regroupement familial. (Loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers).

Le lien de parenté, il l’avait (mariage légalisé), mais il devait être, au moment de la demande de visa, daté de moins de 6 mois ! Quant au revenu, il devait se monter à 1 600 euros net mensuels. Pour le logement, un contrat de bail suffisait et la mutuelle devait être adaptée.

Il lui fut donc, en résumé, conseillé de rentrer (seul ou avec sa fille d’un mois !), s’inscrire dans une commune belge, trouver emploi et logement. « Ce n’est que lorsque ceci sera fait et que vous pourrez produire un dossier complet, que votre épouse pourra introduire sa demande de visa. La procédure prend un maximum de 6 mois à compter de la date d’introduction ».

Il lui fut aussi précisé qu’emmener son épouse en Belgique lors de son retour n’était pas envisageable puisque

  • les demandes de visa court séjour pour tourisme ou visite familiale ne sont pour l’instant pas acceptées en raison de la crise sanitaire ;
  • même si votre épouse se voyait délivrer un visa court séjour, l’administration communale de sa résidence temporaire en Belgique refuserait d’accepter une demande de permis de séjour. Ceci n’est possible qu’aux titulaires du visa adéquat.

Ce second point, il ne savait comment l’interpréter : une menace, un conseil, un découragement à une « espèce » de fraude ? C’est surtout le «  elle est certainement entourée de sa famille au Congo, qui pourra convenablement l’aider à prendre soin de la petite fille » qui lui restait en travers de la gorge ! Que savaient ces gens sur la famille de son épouse, avaient-ils pensé à la situation de leur fille d’un mois qui allait être séparée d’un de ses parents pour une durée « indéterminée » alors qu’elle est à un âge où elle a besoin de prendre, même inconsciemment, ses repères ?

Au minimum 6 mois sans l’un d’eux, au minimum… Une famille aimante que l’on sépare au nom d’une loi faite par des humains et dépourvue d’humanité !

Il ne demandait, au départ, qu’une chose, pouvoir présenter sa famille à ses parents âgés puis retourner là d’où ils venaient…

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