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J’écris ton nom, liberté

Dans nos pays somptueux où la liberté de penser n’est que toute relative, que peut-on attendre de la liberté d’expression, à part un défouloir et un faire-valoir pour des politiciens en mal d’audience, pour des experts en quête de reconnaissance, pour des citoyens en mal de …libertés ?

Pandémie, guerre, statistiques morbides plombent davantage encore la liberté d’expression. Cette dernière a toujours été sujette à de houleux débats, voire même d’ébats et plus encore en ces temps difficiles pendant lesquels nous sommes soumis à de sérieuses restrictions. En Belgique et sans doute ailleurs aussi, les uns et les autres donnent des leçons de libertés au monde entier en passant par les médias qui, lorsque le vent tourne, n’hésitent pas à tenter d’expliquer le pourquoi de leur revirement soudain. A force de se justifier… Vous connaissez la suite. Liberté d’expression(s), liberté de penser sont donc en péril. Vous me direz que dans d’autres pays, on vous cloue le bec voire davantage.

Là où le bât blesse, c’est l’indigeste sauce qui nous est servie parce qu’on tend à mélanger et confondre liberté de penser et liberté d’expression en portant dès lors atteinte aux libertés fondamentales. C’est alors l’avènement de la manipulation et du qui croire encore. Elle a bon dos la liberté.

Le politique…ment correct

Experts en tout, et donc en rien, nos élus décident pour le bien du peuple, notion qui n’existe d’ailleurs pas parce qu’elle sous-entendrait que ce peuple ne fait qu’un, ce qui, vous l’aurez aisément compris, n’est pas le cas.  Nous dirons donc qu’ils décident. Point barre. Ils sont pourtant les représentants des citoyens bien que cela fait belle lurette qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes, certains n’ayant d’ailleurs pas eu besoin de suffrage pour se retrouver là où ils sont. Cela étant dit et écrit, j’avoue aussi ne pas avoir la solution.

La liberté d’expression est un acte public qui peut avoir des conséquences fâcheuses ; les mots ont un sens, un poids ai-je lu. Quant aux libertés civiles, accordées par l’autorité, elles sont soumises à la cohérence qu’on définit en tant que loi. Cette loi ayant comme objectif de protéger la société. Il y a à boire et à manger dans ce concept, je vous l’avoue.

Voici ce que dit Olivier Maurice à propos de son pays la France…Je précise une fois de plus que cette réflexion peut aisément se transposer à la Belgique et plus…si affinités.

La liberté d’expression s’inscrit dans les normes sociales qui régulent la société, normes qui peuvent être différentes d’un lieu à un autre et d’une époque à une autre. Cette évolution permanente est bénéfique : elle permet à la société d’évoluer et de s’adapter. Elle est surtout inévitable : un mot qui était un compliment peut très bien se transformer en insulte au fil du temps. Comme toute liberté, la liberté d’expression est indissociable de la responsabilité qui l’accompagne. C’est cette relation que doit expliciter la loi.

Il existe des libertés qui dépassent celles accordées par la loi des Hommes. Ces libertés fondamentales, également nommées droits naturels, droits fondamentaux, droits inaliénables, sont accordées par la nature, par la vie elle-même. Ce ne sont ni plus ni moins que les possibilités offertes par le monde qui nous entoure et dont le respect est essentiel à la vie en bonne harmonie et au développement de la société.

La liberté de penser est une liberté fondamentale. Les individus naissent et vivent avec une conscience. Cette conscience, cette capacité de réfléchir et de répondre de ses actes est un don de la nature, indivisible de l’être humain et qui n’a nullement besoin des autres pour exister. Il est donc moral et juste de la protéger, ce qui est à la fois un droit et un devoir. Il est par conséquence immoral et répréhensible de la contraindre, de la manipuler, de l’encadrer sans le libre consentement de l’individu.

Comme il peut y avoir conflit entre liberté civile et liberté fondamentale, et afin d’éviter que l’autorité n’abuse de son pouvoir pour bafouer les secondes qui sont garantes des premières, il convient de déterminer les limites accordées au pouvoir.

Les libertés fondamentales ne définissent donc pas ce que les individus ont le droit de faire (la nature se charge elle-même d’imposer ces limites), mais elles impliquent l’établissement d’une Constitution compilant l’ensemble des règles, limitations, interdictions et obligations que doivent respecter ceux qui incarnent l’autorité afin que ces libertés fondamentales, et par voie de conséquence les libertés civiles, soient préservées.

La liberté de penser implique ainsi la stricte neutralité de l’autorité envers tous les modèles de croyance, coutumes, traditions, religions, athéisme compris. Elle interdit également à l’autorité d’user de contrainte pour définir ce que l’individu doit penser, ce qui est correct de penser.

Un État juge et partie

Mais tout cela n’est que théorie. La réalité est très, très éloignée de ces principes, qui sont bien loin d’être respectés dans notre beau pays.

Force est de constater que la liberté de penser n’est dans la Constitution qu’une vague idée fumeuse et que la réalité est encore pire que cela : la stricte neutralité de l’autorité envers tous les modèles de croyance, coutumes, traditions, religions est bien plus l’exception que la règle qu’elle est censée être. Entre :

  • l’Éducation nationale unique, obligatoire et organisée par l’État ;
  • le quasi-monopole public sur la culture et les musées ;
  • l’Histoire, en particulier l’Histoire de France, établie et enseignée de façon uniforme ;
  • l’interdiction d’usage et d’apprentissage des langues régionales et des patois ;
  • la presse subventionnée ;
  • les noyautages omniprésents des services de l’État par diverses idéologies ;
  • les versions officielles du bien-être, du bien-vivre, du bien-manger, du bien parler…
  • la morale républicaine enseignée à l’école.

L’État républicain et jacobin semble bien avoir remplacé l’Église d’antan par un catéchisme laïc, républicain, national et bien-pensant et investit une partie conséquente de son budget dans la mission d’évangélisation de la bonne parole officielle.

Liberté et transgression

Il en est du même fiasco pour la liberté d’expression.

Non seulement elle est constamment confondue avec un pseudo-droit fondamental venu de nulle part : celui de dire n’importe quoi, peu importent les conséquences, et en se dédouanant de toute responsabilité ; mais elle est surtout constamment utilisée comme paravent à toute une batterie de contournements ayant pour but de faire du prosélytisme idéologique.

Lorsque l’État n’était pas omniprésent, la liberté d’expression trouvait ses bornes à l’aube et au bout d’un fleuret dans les fossés des remparts de la ville. La loi a remplacé le duel, et le petit jeu a alors consisté à faire interdire les arguments de l’adversaire afin de pouvoir le ridiculiser impunément.

Sortons quelques instants du jeu de postures dont personne n’est dupe. Si la liberté d’expression est aussi vaillamment défendue par tous les totalitaristes, c’est qu’elle leur sert clairement de couverture et leur permet de mener à bien leur agenda clientéliste en jouant sur la transgression ou en s’abritant derrière le « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». Entre :

  • l’anticléricalisme radical, caché derrière les parodies religieuses ;
  • le racisme, caché derrière les discours anti-immigration ;
  • la jalousie de classe, cachée derrière la dénonciation des inégalités ;
  • la misanthropie et l’anticapitalisme, cachés derrière la préservation de l’environnement ;
  • la revanche, cachée derrière la culpabilisation du passé et la repentance ;
  • l’athéisme militant, caché derrière la défense de la laïcité.

La liberté d’expression sert bien plus souvent d’alibi qu’elle n’est réellement utilisée pour dire clairement ce que l’on pense.

Liberté de quoi ?

Ne nous leurrons pas : dans un pays où l’éducation est normalisée et obligatoire, où l’histoire, la culture, les arts répondent de copinages et de subventions, où la presse ne survit que grâce à l’arrosage constant d’argent public, où la propagande nous explique sur toutes les ondes ce qu’il faut manger, ce qu’il faut aimer, comment il faut s’habiller ou se laver les mains… Dans un pays où la moindre interrogation devient du complotisme, la moindre observation du révisionnisme, la moindre envie de liberté de l’incivisme…

Dans ce pays fabuleux où la liberté de penser n’est que toute relative, que peut-on attendre de la liberté d’expression, à part un défouloir et un faire-valoir pour les politiciens en mal d’audience ?

Cela vaut-il vraiment la peine de s’étriper, où même de prêter la moindre attention au débat qui consiste à savoir s’il est fondamental d’avoir le droit de faire pipi-caca sur des symboles dans l’unique but d’avoir l’autosatisfaction de penser qu’on est en train d’embêter son voisin en lui montrant qu’on en a une plus grosse que lui ?

Faites-le, si ça vous fait plaisir. Ce n’est pas cela qui va sortir ce pays du carcan d’obligations et de restrictions que, par ailleurs, vous prêchez tous les jours et à la moindre occasion.

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