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Le syndrome du scarabée

Selon l’étude « Coléoptères : promotions biaisées et persistance de fausses croyances », co-signée par George Akerlof, prix Nobel d’économie en 2001 et professeur d’économie à l’Université Georgetown et Pascal Michaillat, professeur d’économie à l’Université Brown aux États-Unis, les managers et autres responsables favoriseraient les salariés qui leur ressemblent au détriment des autres. Ces travaux permettraient également d’expliquer en partie l’uniformisation des profils au plus haut niveau de l’entreprise.

Le syndrome du scarabée, de quoi parle-t-on ?

Dans les années 1950 et 1960, des chercheurs étudiant la vie des insectes ont mené diverses expériences avec plusieurs espèces de coléoptères. Ils essayaient de résoudre l’énigme suivante : pourquoi lorsque deux espèces sont réunies dans le même environnement, elles ne cohabitent jamais ? À chaque fois, l’une des deux finit par disparaître. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas forcément l’espèce la mieux adaptée à l’environnement qui survit. Pourquoi ? Après des années de recherches, l’équipe s’est rendu compte que ces insectes connus pour manger leurs propres œufs, étaient encore plus enclins à manger les œufs des autres. En d’autres termes, en laissant plus souvent leurs œufs grandir, les espèces de scarabées favorisent leurs congénères ou semblables jusqu’à faire totalement disparaître les autres.

Soixante ans plus tard, des économistes ont décidé d’aller plus loin en pensant que ce phénomène pouvait s’appliquer à l’homme. Dans leur premier article, les deux économistes arrivent à la conclusion que les scientifiques de renoms ont tendance à favoriser les jeunes scientifiques qui adhèrent à leur théorie et à exclure ceux ayant des points de vue divergents ou opposés. Plusieurs exemples historiques permettent d’illustrer ce phénomène qui débouche bien souvent sur une pensée dominante : le fait que personne ne croyait à la théorie héliocentrique de Copernic au XVIème siècle (la Terre et le système solaire tournent autour du soleil) ou encore, la persistance de la saignée au XIXème siècle.

L’hypothèse clé de la théorie est un phénomène que l’on appelle l’homophonie, c’est-à-dire que les gens favorisent ceux qui leur ressemblent. Selon cette théorie, les dirigeants ont tendance à garder le pouvoir et les privilèges pour ceux qui s’intègrent et qu’ils considèrent comme leurs semblables (ils peuvent avoir le même point de vue que le leur sur la stratégie de l’entreprise, avoir fait les mêmes études, venir du même milieu social…) Finalement, l’excellence, comme premier critère de sélection entre les salariés est ici remplacée par « la prévisibilité et la fiabilité en vertu de l’appartenance au bon groupe. » Cela sous-entend que si vous n’obtenez pas de promotion, c’est que vous n’appartenez pas au groupe dominant. Pas besoin d’être trop différent pour être considéré comme un intrus, parfois une créativité débordante, le fait d’être plus diplômé que son manager ou venir d’un autre milieu social suffit. Malheureusement, ce qui nous est inconnu a tendance à inquiéter et finit souvent par être écarté.

Avec cette théorie, c’est tout le système de promotion qui est censé promouvoir les meilleures personnes qui est remis en question.

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