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L’ÉCOLE ET MOI

C’était le bon vieux temps, le temps où la pandémie ne sévissait pas, le temps de l’insouciance aussi. Il m’en reste quelques souvenirs, les bons surtout parce que les moins bons, je les ai enfouis, cachés, voire oubliés.

Papa, maman, s’il se trouve quelques errements dans cette histoire, vous me pardonnerez, elle est quelque peu romancée.

C’est à l’âge de 3 ans que mes culottes ont commencé à s’user sur les bancs de l’école. Ce fut d’ailleurs le cas pour la plupart des enfants de mon âge à cette lointaine époque. De velours, tout comme ma veste d’ailleurs, elles étaient. D’un profond bleu foncé. Quelques chemises bariolées complétaient le tableau. Quant aux pompes, elles étaient vernies. De cheveux, il était aussi question, de quoi rendre Angus Young jaloux.

Je suppose qu’à l’époque en maternelle c’était déjà coloriage, découpage, collage, plasticine et professeurs bienveillants. Chant aussi, je ne d’ailleurs pas avoir fait fureur dans le domaine. Je pense aussi que je râlais déjà à l’époque. Je n’en suis cependant certain.

D’un naturel timide et avec complexe, l’étiquette de leader dont je fus affublé ne signifiait pas grand-chose pour moi si ce n’est dans la cour de récré. Je n’étais pourtant ni grand ni fort.

Ces moments de récré, les seuls dont on se souvient encore, une fois les études terminées.

À l’école primaire, c’était foot à la récré. Le ballon filait dans tous les sens. Quand il ne terminait pas sa course dans les buts adverses, c’était dans les vitres des classes. Combien de fois ne nous a-t-il pas été confisqué, combien de vitres cassées. Nous nous servions alors de cailloux, de canettes. Quant aux filles, elles s’adonnaient à l’élastique, à la corde à sauter.

Elles ne s’approchaient pas de nous, elles ne nous intéressaient pas, ces filles. Qu’avaient-elles qui aurait pu nous servir ? Rien ! Personnellement, j’avais davantage besoin de mercurochrome pour mes genoux que d’une conversation ou d’un regard d’une fille.

Une compétition s’était pourtant installée entre une fille et moi ; tour à tour, nous terminions en tête de classe. On en avait une certaine fierté sans plus. C’est peut-être à ce moment-là que je me suis intéressé aux filles ; elle était jolie d’ailleurs et ma voisine au village de surcroît. Ce fut aussi le premier vrai contact avec une fille et le continent africain. J’en parle parce que l’Afrique est devenue au fil des années mon terrain de prédilection.

Cette jeune fille noire, congolaise, venait d’arriver à l’école et était l’objet de toutes les attentions. Attentions n’est pas le mot que j’utiliserais maintenant. Nous étions enfants, l’excuse est trouvée. Elle était surtout la cible de moqueries, de ma part en tout cas. Quand je pense à ces instants, j’ai honte. Cela a dû être terriblement difficile pour elle. Ce premier contact physique avec la gent féminine entraîna ma première blessure au genou, j’en garde encore une petite cicatrice. Les souvenirs sont embués, sans doute une raillerie de trop. Elle m’attrapa par les cheveux et me traîna au sol. Les larmes ont certainement coulé, la vengeance espérée. Je ne sais plus.

Depuis mon regard a changé, j’ai dû porter des lunettes à cause de ce qu’on nommait la myopie galopante. Ce fut alors à mon tour d’être l’objet de paroles blessantes. Enfants, nous sommes parfois très méchants. Retour de manivelle.

Devenu grand par l’âge et non encore par la taille, il fallut quitter l’école de village pour se rendre chez les grands. On ne mesure pas encore assez l’importante et la difficulté de ce changement important dans la vie d’un étudiant. Passer de la petite école à la grande. Un fossé abyssal, bien plus important que celui du secondaire aux études supérieures.

Deux établissements s’offraient à moi dans la région. On allait à l’école à pied ou en vélo. La belle époque… Sauf quand il fallait revenir en remontant, avec un vélo trois vitesses, des cols dignes d’une étape du tour de France.

Nous avions, avec mes parents, visité les deux endroits : l’un fait de béton, l’autre de verdure et d’anciennes bâtisses. Du premier, je n’ai le souvenir que d’une cour bétonnée, nous n’avons pas été plus loin. De l’autre, une allée arborée, un porche, un parc, des animaux, des fleurs nous invitaient à y passer un moment. Cela a d’ailleurs duré 7 ans. Une année supplémentaire parce que je m’y plaisais dis-je maintenant avec du recul et un zeste d’ironie.

Oui, à l’époque, on pouvait encore choisir son établissement scolaire librement.

C’est donc dans cet environnement enchanteur que j’ai pris goût à la littérature, aux livres en poursuivant des études… en mathématiques et latin ! Math, parce beaucoup considéraient que cette matière était primordiale et latin, parce que… oui pourquoi d’ailleurs ?

La première année fut redoutable ; surfant sur mes acquis, me battant avec ce changement social, évitant aussi bien que possible les frotteurs et autres craies que certains professeurs nous lançaient à la figure, il fallait à tout prix réussir. Elle fut donc difficile, mais obtenue. La seconde fut un échec, le premier dans ma vie d’enfant. Recalé, même en gym. Là, c’est mon nez qui s’en souvient, foutues barres parallèles trop écartées. Je pense pourtant avoir travaillé dur pendant cette deuxième année, les professeurs n’ont sans doute pas eu la même vision que moi de la chose. L’échec existait encore.

Ce fut alors un autre changement, un peu à manière des sempiternelles modifications qui surviennent chaque année dans l’enseignement aujourd’hui. Le rénové venait d’arriver, avec tous les espoirs qu’on mettait en lui ; plus de diversité de cours, plus de et plus de.

Les maths étant toujours importantes, le dessin m’attirant, je me suis décidé à prendre l’option dessin d’architecture, résistance des matériaux, maths fortes et sciences. À la maison, je lisais : bandes dessinées, merci, papa, littérature, merci, maman. Je pense avoir dévoré la bibliothèque du village. Qu’est-ce qu’une bibliothèque ? N’exagérons pas tout de même !

Dès que cela était possible, c’était chips, chocolat et livres. Dans ma chambre. Pas de TV, mais de la musique. Je pense qu’il traîne encore quelques vinyles chez mes parents.

Le rénové, je n’y ai rien foutu et j’ai réussi sans aucune difficulté. On y était jugé, dans un premier temps par des pastilles de couleurs. Ensuite nous sommes passés aux lettres. Rouge fut ma pastille en sciences, I fut sa lettre. J’ai eu beau essayé de faire comprendre à mes parents que le I signifiait impeccable, rien n’y fit.

Le mercredi après-midi c’était foot et cartes. Pardon, foot et retenues. Pour les parents, j’étais souvent au foot, pour l’établissement, en retenue. Pardon chers parents. Retenue avec un abbé, il fallait trouver deux autres coupables : il est en effet plus facile d’être quatre pour taper la carte. Quant aux frotteurs et craies, j’avais trouvé la solution afin de les éviter plus facilement : le radiateur en fond de classe. Il était en plus placé sous une fenêtre donnant sur le parc.

Quand vint le temps de la maturité, l’examen se profila à l’horizon. Malraux m’intriguait à l’époque, sa condition humaine aussi. Je proposai donc une analyse des personnages sans savoir qu’il y en avait pléthore dans l’œuvre. Je méditais déjà sur l’homme à l’époque. « fin non, mais ça me donne de l’importance.

J’obtins donc la maturité et le diplôme du secondaire. Ce fut alors le moment de rencontrer le responsable PMS (centre psycho-médicaux-sociaux) qui m’avait suivi pendant 7 ans avec les parents ; il devait donner son avis sur le choix des études supérieures qui me convenaient le mieux. Il m’avait suivi pendant mon cursus scolaire, mais je pense que la seule fois où je l’ai rencontré fut celle-là.

Je venais de terminer ce que l’on nomme enseignement de transition technique, entre l’enseignement général et l’enseignement professionnel. Quant à dire que cela réduisait les choix, il y a un pas que cet homme n’a pas hésité à franchir : “Fabrice est manuel, hommes de chiffres…” Mon père aurait pu lui répondre que je suivais l’émission “des chiffres et des lettres” à la télévision et que je dévorais les livres plus que les chiffres. Il aurait pu dire aussi que j’avais deux mains gauches et qu’entre la foreuse et moi, le courant ne passait pas – l’électricité du foyer familial s’en souvient encore –, il s’est pourtant abstenu. Je pense que c’est moi qui ai annoncé que je souhaitais devenir journaliste ou prof de français. Oui, le français me passionnait, l’orthographe n’étant pas un problème : j’écrivais sans faute sans pourtant connaître les règles. Paradoxe de la chose, ce n’est plus toujours le cas maintenant. Chères lectures, je ne vous remercierai jamais assez.

La mine désapprouvée de Monsieur PMS ne fit pas effet longtemps : mes parents décidèrent de valider mon choix. Renseignements pris, il n’y avait pas encore d’écoles de journalisme reconnues en Belgique et les études à l’étranger n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Je passai donc d’une école de frères à une école de sœurs, école normale donnant accès à la profession d’enseignant.

Deux années d’études prévues avant d’entreprendre celles de journaliste. C’est ce qui était prévu, mais au moment de l’inscription, on nous annonça que la durée passait de deux à trois ans. Et comme la seconde a toujours été une espèce de mur pour moi, mon cursus se résuma à quatre ans. Il est vrai qu’à l’époque, j’avais de grosses difficultés à passer en première session à cause du foot et du tennis tant sur les terrains qu’à la télévision. Coupes du Monde, Roland-Garros eurent raison de moi à plusieurs reprises.

Le français, ma première branche. L’histoire, la seconde. Latin, la troisième. Pour le français, c’était dans la logique des choses bien que notre professeure de l’époque, linguiste, me demanda de suivre des cours de diction pour effacer mon horrible accent namurois, ce que je ne fis pas, l’accent étant aussi une richesse.

Pour l’histoire, par défaut. Je ne voulais pas de la religion ni des langues étrangères. D’une part la religion n’était pas ma tasse de thé et d’autre part, je parlais anglais comme une vache espagnole.

Quant au latin, au vu du programme proposé, je savais que j’allais m’y tourner les pouces, du moins quand j’étais au cours.

Quand je parle du choix par défaut de l’histoire, je pense après coup, qu’il n’était cependant pas anodin : les souvenirs de mon prof en secondaire nous racontant l’histoire les mains en poche sans aucun support dans ce merveilleux lieu qu’était la bibliothèque de mon école secondaire, les visites de lieux historiques avec mon parrain… Non, le choix n’était pas anodin.

Quatre années difficiles sur le plan des études, quatre années de guindailles aussi, quatre années de présences et d’absences injustifiées. Ah ces vendredis après-midi pendant lesquels on jouait au trivial pursuit dans notre café préféré pour des tournées de bières, snobant ainsi le cours d’histoire. Pourtant, mon travail de fin d’année porta sur un moment de l’histoire : « l’ombre du corbeau » de Comès.

Je n’ai pas été plus loin dans les études, les rêves de journalisme se sont éteints le diplôme en poche. L’envie d’être sur le marché du travail et de gagner mon premier salaire fut plus forte. Il restait cependant une dernière étape à franchir ; celle du service militaire. Ce fut d’ailleurs la dernière année, si mes souvenirs sont corrects, de son existence…

Depuis, #jesuisprof

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