On refait l'histoire

Mémoires – 9 août 2002 : la « Vénus hottentote » inhumée en Afrique du Sud

Le 9 août 2002, soit près de deux siècles après sa mort misérable à Londres, en 1815, la « Vénus hottentote », de son vrai nom Sawtche, a retrouvé enfin son pays d’origine, où ses restes ont été inhumés.

Pourvue de fesses surdimensionnées, cette femme aborigène avait quitté l’Afrique du Sud en 1810 pour devenir un objet de curiosité en Europe. Après sa mort, son corps a été étudié par les plus grands scientifiques français avant d’être conservé dans les collections du Musée de l’Homme à Paris.

Histoire

Son « maître » l’emmène à Londres en 1810 où, sous le nom de Saartjie Baartman, elle devient une attraction foraine du fait de sa morphologie dont on disait qu’elle était peu courante en Europe au niveau du bassin et du bas-ventre (ce qui n’a pu être vérifié puisqu’aucune femme européenne n’a été ainsi exhibée).

Après avoir été exposée nue en Grande-Bretagne et en Hollande, au profit d’hommes qui tirent parti de son physique auquel était censée correspondre une prétendue sauvagerie, elle suscite l’étonnement dans la France de Napoléon où le racisme « scientifique » est officiellement encouragé.

En mars 1815, Geoffroy Saint-Hilaire, professeur de zoologie au muséum d’histoire naturelle, décide de l’examiner, voyant en elle le spécimen d’une nouvelle « race » et conclut, bien qu’elle parle plusieurs langues que lui-même ignore, qu’elle s’apparenterait aux singes et aux orangs-outangs.

Exploitée sexuellement et prostituée par le montreur d’animaux exotiques Réaux, Saartjie commence à boire.

Après sa mort, à Paris en décembre 1815, Cuvier, au nom de l’État et de la science, va prendre possession du corps. Il le disséquera et aboutira à des conclusions étranges : Saartjie serait la preuve de l’infériorité de la « race » nègre et du fait que les Égyptiens de l’Antiquité, quelle que soit la couleur de leur peau, étaient bien de la même « race » que les Français (on spéculait beaucoup sur l’Égypte ancienne dont la magnificence de la civilisation posait problème depuis l’expédition menée en 1798 par Bonaparte).

Un moulage en plâtre du corps de Saartjie et son squelette, prétendues preuves de la supériorité de la « race blanche » seront exposés jusqu’en 1974 au musée de l’homme à Paris.

En 1994, après la fin de l’apartheid, le président de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela, demandera à la France la restitution de la dépouille de Saartjie, mais il s’opposera à un refus formulé, sous la pression des scientifiques français, au nom du principe selon lequel elle aurait appartenu à l’État.

Il faudra le vote d’une loi spéciale en 2002 pour que le corps de la « Vénus hottentote » retourne en Afrique du Sud pour y être inhumé, en présence du président Thabo Mbeki, après la crémation rituelle propre aux coutumes de la région où elle était née.

En 2010, Abdellatif Kechiche a consacré à cette histoire, sous le titre Vénus noire, un film dérangeant.

In « Une autre histoire »

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