Etats d'âme

Botter en touche ou cracher le morceau ?

Par Lucie Rousselle, janvier 2018

Botter en touche au lieu de cracher le morceau est une attitude que nous posons trop souvent parce que l’instinct de protection, le manque de confiance, la peur d’assumer le réel, font que dire la vérité est difficile.

Oser retranscrire la réalité avec justesse peut nous mettre en danger. «Choisir la vérité est toujours une prise de risque. On décide de révéler quelque chose de nous-même et nous avons peur d’en souffrir», explique Mary Gohin, psychologue. La vérité peut être désagréable pour soi comme pour l’autre, un conflit peut alors éclater. Inutile de préciser que peu de monde apprécie être en opposition avec quelqu’un.

De plus, être honnête requiert certaines qualités : «Il faut s’assumer, être dans la valorisation de soi et avoir bonne conscience. Le danger, en ne disant pas la vérité, est de se rendre compte que l’on ne possède pas ces vertus et que l’on est même assez lâche, cela peut faire mal à l’ego», signale Maïté Tranzer, psychologue-clinicienne à Paris.

Une éducation qui ne le permet pas

On ne nous apprend pas à dire les choses

Mary Gohin, psychologue

Si être totalement transparent et avouer quelque chose n’est pas simple, l’éducation ne nous facilite pas la tâche. Taire la vérité serait même culturel, selon la psychologue Mary Gohin. Dès tout petit, «on ne nous apprend pas à dire les choses. Pendant l’enfance, on ne cesse de nous répéter « ne te fais pas remarquer » ou « sois poli », par exemple. Et si l’on ose braver tout cela, la culpabilité s’abat sur nous. Cette dernière est le maître-mot de notre culture judéo-chrétienne», déplore Mary Gohin.

Mentir est tentant

«Il est beaucoup plus facile de mentir plutôt que de se mouiller et d’affronter le réel. Au final, c’est pourquoi nous mentons tous au quotidien d’une certaine manière. À partir du moment où l’on ne dit rien, on ment déjà. La vérité est profondément liée au mensonge, ce sont les deux faces d’une même pièce», atteste Maïté Tranzer.

Toutefois, «par moment, nous sommes contraints d’occulter la réalité, par diplomatie par exemple. Il faut alors établir un petit arrangement entre soi-même et sa conscience. Tout est une question d’équilibre», nuance la psychologue.

Enfin, il n’y a pas, bien sûr, de bon ou de mauvais moment. «C’est l’excuse que l’on brandit à chaque fois, mais le meilleur moment est celui où l’on parvient à rassembler son courage pour se livrer», Mary Gohin. Rien ne sert non plus de culpabiliser. Si l’on sent «une réceptivité chez notre interlocuteur ou une absence totale de jugement, il est beaucoup plus simple de se confier et d’être honnête. Il n’y a pas que l’émetteur qui est en cause», affirme-t-elle. Et la professionnelle de conclure : «La vérité apaise, même si elle engendre un conflit

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