Portraits d'Afrique

Sarah (27): épilogue

Il ajouta par après une autre réflexion.

Alors que la communauté internationale et d’autres criaient au scandale, les voilà maintenant prêts à collaborer avec l’élu. Quelle volte-face ! On a secoué le cocotier espérant voir tomber les noix trop mûres, on a tenté de faire avorter la terre, mère nourricière pour, une fois de plus, s’en excuser, histoire de ne pas mettre en péril des relations d’ordre financier. Il est là le réel problème : l’argent ! Qu’y a-t-il encore de gratuit en ce monde aujourd’hui ? On espérait une autre issue à ces élections, et ce pour des raisons économiques et financières, mais on « fera avec » pour les mêmes raisons. L’intérêt prime sur la valeur. De l’autre côté, on a parlé d’ingérence, on a crié haut et fort qu’on ne voulait plus de l’impérialisme, du « new colonialisme », mais on n’a pas fermé définitivement les portes. Il ne fallait pas s’asseoir sur les mannes une fois encore financières de ceux qui tentent d’imposer leur loi ! Ce jeu du « je t’aime moi non plus » persistera encore et toujours tant que le Congolais ne se décidera pas à se prendre en main, à décider lui seul de son avenir ! Le Congolais dispose de tout le nécessaire pour refuser le diktat ; le pays est plus riche que l’Europe entière, il a en outre les compétences pour faire de son pays un véritable centre névralgique du continent africain. Faut-il encore le vouloir et mettre les richesses au service de la population et non dans les mains de certains nantis. 

Je ne sais pas ou plus si tout cela est vrai, je ne sais pas si les gouvernants de mon pays sont aussi véreux, je ne sais pas, je ne sais plus. Seul l’avenir nous le dira. Tout ce que je sais, c’est que ma vie a pris un autre virage en cette nouvelle année ; celle qui m’a donné le jour, maman, a perdu la vie à cause de ces élections, des frères et des sœurs aussi. Mon cœur saigne comme il a saigné à la disparition de papa. Je n’ai pas pu continuer à travailler avec Clément ; trop de choses nous liaient et les sentiments que j’éprouvais pour lui me déchiraient. J’ai démissionné, j’ai quitté Kinshasa. J’ai perdu mon âme.

Je m’appelle Sarah, j’ai 18 ans, je suis congolaise et j’ai mal à mon pays.

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Catégories :Portraits d'Afrique, RDC, Textes

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