Portraits d'Afrique

Sarah (26)

Le 3 janvier, Monsieur Zinga vint me rechercher pour repartir vers la capitale. Il fallait reprendre le travail. Sur le chemin du retour, les barrages ne cessaient de fleurir : tantôt des manifestants, tantôt les forces de l’ordre. Le laissez-passer bien affiché sur le véhicule n’y faisait rien. Pourtant il portait des signatures officielles. Le patron me fit la remarque que tout s’achetait au Congo et que la valeur des choses n’était que très peu prise en cause à l’exception de l’argent. Ce fut un retour long et épuisant. 

Dans la capitale, on ne parlait que des élections. Les Occidentaux s’y intéressaient aussi, mais le fait d’annoncer des tendances, d’utiliser les réseaux sociaux donna des sueurs froides au pouvoir et celui-ci, qui en avait déjà pris l’habitude, coupa purement et simplement l’internet, allant aussi jusqu’à empêcher les gens d’échanger par sms. Je ne vous ferai pas l’injure de vous expliquer pourquoi, vous l’avez sans nul doute compris. 

Au lendemain des résultats, un ami blogueur, me fit part de sa perception de ce qui s’était passé au niveau politique sous la forme d’un pamphlet. 

Je ne vous demande pas l’heure qu’il est * *Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence (sic) ! 

Il fut un temps où les ciseaux à bois de Gepeto donnèrent naissance à Pinocchio : il en tira les ficelles avant que ce dernier ne voie son nez s’allonger au fur et à mesure de ses mensonges. Dans le pays qui est mien en ce jour, les ciseaux ont laissé place à la langue. Si la matière dont elle est faite peut parfois être noble, force est de constater qu’elle a du mal à se délier et que le fiel qui en sort est d’un machiavélisme des plus retors.

C’est aussi une histoire de mise au monde, mais elle n’émane pas de celui de Disney. Papa E. a donné naissance lui aussi à un fils, Tonton F.. Papa E., décédé, mais toujours pas enterré, fut un opposant à ses heures ou plutôt à certaines. Tantôt opposé, tantôt opposant 1er ministre du pouvoir (sic), Papa E. a donné cette culture politique à son fils, Tonton F.. Ce dernier n’est pas en reste puisqu’il suit scrupuleusement les pas de papa allant jusqu’à se retrouver au pouvoir comme Président toujours opposé au pouvoir avec lequel il allait devoir composer du moins, dans un premier temps, de manière provisoire. Non, non, nous ne sommes pas en Belgique… Il se dit même que la chanson favorite de Papa E. et Tonton F. fut celle de Jacques Dutronc « je retourne ma veste » ainsi nommée.

En cette fin d’année 2018, Tonton F. s’est rendu en Suisse, le pays des comptes secrets, mais, cette fois-ci,  pour des raisons d’unité. Il y signa des accords avec des partenaires en vue d’un scrutin électoral. C’est alors que son nez commença à le démanger, sa langue à se fourvoyer : comprenant qu’en cas de victoire, il n’allait pas obtenir une place de choix, il renia une signature pourtant apposée. C’est sans doute à ce moment-là qu’il prit contact avec papa K. ou l’inverse, l’histoire ne nous le dit pas.  Tonton F. et Papa K.,ou J. en fonction de qui vous êtes, organisèrent alors les élections afin de s’y « retrouver » tous les deux sachant dès le départ que le dauphin de papa K. allait se noyer. Il fut alors demandé à une commission indépendante d’utiliser tous les stratagèmes possibles. À moins que tout n’ait été prémédité par papa K. dès le départ. Là aussi, l’histoire et la mémoire nous font défaut.

Ô surprise… Voilà que tonton F. est élu Président pendant que  le parti de Papa K. obtient une solide majorité à l’Assemblée nationale. Nous sommes au lendemain de la fête de Noël, toute la farce a pourtant été utilisée pour la dinde. Seuls restent une volée de dindons de ladite farce. Hélas pour eux.

Le casting fut aussitôt contesté par plusieurs acteurs mis de côté : des ecclésiastiques d’une certaine église crièrent au scandale dénonçant par là même une manipulation, Papa F., (un autre) candidat éjecté par des chiffres à qui les autres faisaient dire n’importe quoi, fit opposition, des nations dites impérialistes crièrent leur désarroi, des pays limitrophes aussi. Papy M., sous le couvert de papa K. et Tonton F., rejeta tout cela au nom d’un complot mondial visant à démembrer son pays tout en jetant l’opprobre sur ces mécréants. 

Alors que tout un peuple espérait le changement, Tonton F. accepta donc d’être la  marionnette consentante de Papa K. dont le parti restait majoritaire à l’Assemblée nationale. Il fallait encore passer l’écueil de la Cour constitutionnelle.

La farce constitutionnelle. Le dauphin de Papa K. s’étant noyé comme cela était prévu, il ne pouvait alors déposer de recours, histoire de faire croire qu’il reconnaissait la défaite en donnant « raison » au peuple, lui faisant croire, par ce biais, que le pays pensait vraiment à sa population. Malgré la pléthore de prophètes au pays, il n’y avait nul besoin d’y recourir pour mieux comprendre le « Ce n’est pas un adieu, mais un au revoir » lancé par Papa K. d’autant que cette phrase prit alors toute sa signification lorsque Tonton F. lança à son tour que  Papa K., auquel il avait toujours été farouchement opposé, serait un partenaire et que l’histoire retiendrait son nom comme ayant été un grand président ! 

Vint alors le direct télévisé du recours de l’autre Tonton F. Alors qu’il somnola presque pendant plus de deux heures trente, le Procureur général, invité par le Président, prit la parole et « désavoua » les arguments que venaient de déposer les requérants par la lecture d’un document de plus de 15 pages dactylographiées (par qui ?) contenant de la jurisprudence, des références à une volée de lois… Un travail presque aussi lourd que celui du dépouillement, sans cesse reporté, en deux coups de cuillère à pot ; tel fut le tour de magie du Procureur et le tout en live !

Pendant ce temps-là et en attendant la décision de la Cour, toutes les chaînes de télévision du pays n’ont eu de cesse d’organiser des débats, des interviews louant et Tonton F. et Papa K., annonçant à grand renfort de témoignages que la démocratie avait gagné, que toute personne pensant le contraire faisait partie d’un immense complot mondial contre le pays, ne cessant jamais de signaler que la Cour constitutionnelle était neutre et n’avait de compte à rendre à personne… Sans préciser, bien entendu, que cette cour avait été remaniée il y a peu par Papa K.

C’est aussi l’histoire d’un pouvoir qui appelle la population au calme en promettant de beaux jours et qui n’en a pas moins bafoué unilatéralement (plus aucun accès internet) un des droits fondamentaux du peuple, celui de la libre expression ! Au nom de la sécurité à la Papy M., mais qui n’a eu de cesse de jeter quelques billets délavés à certains affamés afin qu’ils manifestent leur joie lors des meetings ou en offrant de bons et neufs dollars à d’autres pour désinformer ! Voilà la triste réalité du pouvoir actuel en ce pays martyrisé !

Et c’est ainsi que les membres de la (basse-) Cour le résultat ont confirmé, au pays ils pourront rester sans crainte d’être « décapités » !!!

Toutes ces manigances ne font pas honneur au monde politique et comme depuis trop longtemps déjà, c’est encore le peuple qui va trinquer. Il ne le sait peut-être pas encore !  Ils sont loin les espoirs d’illustres défunts tels Papa LD. et Tonton PL., les seuls vrais héros de ce bien beau pays et s’y référer en mentant comme des arracheurs de dents, c’est à leur passé faire injure !

Bref, encore un pouvoir qui a bel et bien jeté son bonnet par-dessus les moulins ! 

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Catégories :Portraits d'Afrique, RDC, Textes

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