Portraits d'Afrique

Sarah (24)

Le lendemain matin, ne pensant déjà plus à ce fait, je me levai et décidai de faire une surprise à maman ; lui offrir le petit-déjeuner au lit. Je m’affairai donc dans la cuisine à préparer le tout. Je la savais encore au lit, le silence m’aidant. Je frappai à sa porte, une fois, deux fois. Pas de réponse. Je décidai alors d’entrer me disant qu’elle sommeillait encore. J’entrai, personne ! Elle n’était pas dans sa chambre, le lit déjà refait. Je déposai le plateau sur sa table de chevet et me rendis vers la porte d’entrée. Cette dernière était toujours verrouillée de l’intérieur ; elle n’était donc pas sortie. Le seul endroit où elle pouvait alors se trouver était la chambre de mes frères. « Mon dieu, la chambre dans laquelle Monsieur Zinga est installé ! »

La tête me tourna, maman et lui dans la même chambre, ensemble. Non, ce n’est pas possible. Ce n’est pas vrai. Je restai là un moment interloquée puis je sortis pour aller à la rencontre de mes frères. Qu’allais-je leur dire ? Que maman avait passé la nuit avec mon patron ? Je n’en étais pas certaine. Peut-être que ce dernier s’était senti mal ce matin et qu’elle lui prodiguait les premiers soins ? À ma vue, mes frères comprirent que quelque chose n’allait pas. « Que se passe-t-il petite sœur, tu sembles perturbée ? » Mon « non ça va » ne parvint pas à les convaincre. « Je ne sais pas où est maman et la porte de la maison était fermée de l’intérieur ». Les deux garçons se regardèrent stupéfaits. Nous décidâmes alors de nous rediriger vers la maison, il fallait en avoir le cœur net. Maman était sur le pas de la porte. « Bonjour les enfants, avez-vous bien dormi ? » nous demanda-t-elle. Devant notre silence, elle nous demanda également ce qui se passait. Nous restâmes muets. Elle tourna les talons sans attendre notre réponse et se mit à chanter…

Notre invité sortit brusquement de sa chambre le téléphone à l’oreille. Il nous annonça, quelque peu soucieux, que les élections étaient reportées. Nous le regardâmes tout aussi silencieux qu’auparavant. Il rejoignit maman dans la cuisine. Mes frères me quittèrent sans mot dire pour se rendre aux champs aider la communauté. Ce fut une journée très étrange ; je ne cessai d’observer lui et maman afin de déceler le moindre détail qui aurait pu donner réponse à mes interrogations. 

Mon après-midi fut consacrée à la lecture, l’envie de penser à autre chose me l’imposait. Je me plongeai alors dans un livre qui n’avait attendu que mon retour pour s’ouvrir. Monsieur Zinga me demanda si j’aimais lire et je dois bien avouer que ma réponse fut sèche : « ce sont les animaux qui ne lisent pas ». Réponse absurde, je le reconnais, mais elle me permit de mettre un terme à cette brève conversation puisqu’il n’en dit pas davantage. 

Les jours qui suivirent, tout le monde se rendit aux champs. Tous, sans exception. Le travail communautaire fait encore force de loi chez nous et les greniers, tout comme la population, ont bien besoin de cela. Ce sont aussi des moments de convivialité, moments qui resserrent, s’il le fallait encore, les liens. Mes deux frères n’y participèrent pas, ils avaient reçu une grosse commande de meubles de la part de notre hôte. En effet, Monsieur Zinga avait décidé de renouveler une partie du mobilier des bureaux de son entreprise. Du pain béni pour la famille. Je ne pus m’empêcher de me demander si cela était bien nécessaire et quel était l’objectif poursuivi par notre bienfaiteur : me proposer de m’amener au village, offrir un puits à ce dernier, commander des meubles à ma famille, …Il m’était devenu impossible de le regarder comme auparavant ; il avait changé et j’étais en train de changer aussi. 

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Catégories :Portraits d'Afrique, RDC, Textes

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