Portraits d'Afrique

Sarah (19): on voyage

Mon chauffeur de patron décida de mettre de la musique en précisant que c’était plus agréable de voyager de la sorte. Il chanta même. Je ne l’avais jamais vu habillé de la sorte : t-shirt, jean’s et basquets. Lui, toujours tiré à quatre épingles… Il faisait plus jeune comme ça, dans le vent comme on peut l’entendre parfois de la bouche d’Européens. Son 4×4 vrombissait et avalait l’asphalte sans coup férir. Qu’en allait-il en être de la piste sachant qu’en cette période de pluies torrentielles, cette dernière est un véritable piège. Nous n’en étions pas encore là. Après deux heures de route, nous fîmes une première halte histoire de satisfaire quelques besoins naturels comme se désaltérer par exemple. Pour ce que vous imaginez, ce fut une feuillée. Nous ne pouvions nous éterniser, le chemin était encore long et nous ne pouvions voyager qu’en journée pour des raisons de sécurité. Je ne savais que dire dans la voiture, Monsieur étant concentré sur sa conduite, je ne voulais pas le perturber. J’observais alors le paysage, j’en avais l’occasion. Vous ne pouvez imaginer la vie qui se construit le long des routes congolaises : marchands de fruits, de légumes, de makala jonchent le sol. Parfois les aliments trônent sur des étals de fortune parfois aussi branlants que les bras des gens qui les ont apportés sur place. À chaque dos-d’âne ou ralentisseurs si vous préférez, il y a de fortes chances de rencontrer des policiers chargés de la sécurité. Du moins c’est le rôle qu’on leur a attribué. La nature est quant à elle luxuriante. Oui, nous avons bel et bien un beau pays. 

Il me lança alors que j’avais une jolie voix. Je ne m’étais pas même rendu compte qu’en regardant par la fenêtre le spectacle qui s’offrait à moi, je chantais. Si la couleur de ma peau ne rendait pas compte de mon état, je me sentis rougir. Il se mit à rire, car l’embarras lui se vit ou du moins s’entendit puisque ma seule réponse fut des balbutiements accompagnés de trémolo dans la voix. La musique fut alors notre sujet de conversation jusqu’à la halte repas. Ce dernier fut enfilé à la vitesse de l’éclair et nous reprîmes la route rapidement. Il m’annonça qu’il allait rouler plus longtemps et que nous nous arrêterions vers 17 h et que nous passerions la nuit dans un hôtel en ajoutant qu’il paierait pour moi également. Dormir dans un hôtel, je n’ai jamais eu cette occasion. Lors de mon voyage vers la capitale, nous avions dormi dans le bus. Lors de la deuxième halte, nous avions fait provision de boissons et de biscuits, c’est la raison pour laquelle nous roulâmes près de 5 heures avec des arrêts que la nature humaine nous imposait. 

Nous trouvâmes l’hôtel qui allait nous héberger pour la nuit. L’hôtesse d’accueil nous demanda d’emblée s’il nous fallait une chambre, ce à quoi le boss répondit qu’il en fallait deux. Je fus à nouveau gênée et offusquée que cette personne puisse penser que nous étions ensemble. Une fois les chambres réservées, il me donna rendez-vous dans le restaurant de l’hôtel dans une heure, j’avais donc le temps de me rafraîchir. Entrée dans la chambre, j’eus l’impression de me retrouver dans le salon d’une princesse. J’eus l’occasion de prendre un bain pour la première fois de ma vie, moi habituée à aller chercher l’eau du puits puis, chez mon oncle, à prendre la douche. Quel plaisir de pouvoir se prélasser dans l’eau chaude parfumée par les essences laissées aux soins du client dans chaque chambre. 

Au repas du soir, nous avons ri tous les deux de l’accueil qui nous avait été réservé : croire que nous étions un couple… Le moment fut plaisant, mais la fatigue nous gagnait tous les deux. Mon directeur se leva le premier. Sur le palier, nos chambres se faisant face, il m’embrassa comme il le faisait au travail, mais la commissure de ses lèvres effleura les miennes. « Bonne nuit Sarah » ajouta-t-il en tournant les talons. Je m’enfermai à mon tour dans ma chambre et me mis au lit aussitôt. La journée avait été longue et une bonne nuit de sommeil m’était nécessaire. 

Catégories :Portraits d'Afrique, RDC, Textes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.