Etats d'âme

Jeudi 7 mai 2020 – Mon confinement (46): je n’ai rien dit

Sur son île, il se sentait seul. Rien, pas même le vent, ne pouvait lui tenir compagnie. Il attendait pourtant un #signe, une bouteille vide de son essence, mais précieuse d’un message. Rien si ce n’est l’écume des jours, le froid de la nuit. Une #communication qu’il avait déjà attendue, pour d’autres raisons, dans le secret espoir que le mot solidarité ne fusse pas vain. Mince secret à vrai dire.

Pour la suite, moins poétique, je vous invite au « clic »

#Souvenir – 2019, une rencontre avec des parents

Moment de doute. La critique est sans doute aisée, l’art étant plus difficile. Mon égo en aurait-il été touché ? Un peu sur le moment, futile qu’il puisse avoir été.

« À quoi bon parler du harcèlement et de fake news au cours de français. Ce sont des choses que les enfants connaissent… Parlez plutôt de belles lettres, de beaux textes au lieu de parler de Soprano… S’ils n’apprennent pas cela à l’école, ils ne l’apprendront jamais (…) »

J’ai eu envie de répondre que cet argument me semblait trop « fragile » faisant allusion et à #Soprano et au harcèlement à l’école. Je n’ai pourtant rien dit. J’ai écouté au nom du principe de collaboration que je souhaite toujours avec les parents. J’aurais également pu répondre que captiver les élèves par une façon d’apprendre qu’ils aiment me paraissait une « belle » chose et que Soprano avait appris les métaphores et les oxymores en 5e grâce à Mc #Solaar et Francis #Cabrel, que des élèves en Belgique apprenaient le français langue étrangère grâce à Jacques #Brel, mais je n’ai rien dit parce qu’il m’aurait sans doute été répondu qu’on ne pouvait comparer de qui n’était pas comparable. J’aurais voulu dire qu’il fallait vivre avec son temps, je n’ai rien dit non plus.

Si j’avais eu le pouvoir d’Hiro Nakamura, j’aurais aimé changer les choses aussi, mais je n’ai rien dit et donc rien changé parce que c’est encore un texte du poète Soprano, texte qui a fait l’objet de sujets de dissertation pourtant.

Pourtant j’ai parlé de #Manga, choses que les élèves connaissent déjà pourtant et sans doute mieux que moi, mais là, ils n’ont rien dit parce que « c’est dans le livre Monsieur l’enseignant » !

Divers lycées en France étudient certains textes de #Soprano, l’invitent à des rencontres et je n’ai toujours rien dit.

Que vont-ils encore me dire quand nous allons recevoir #Micromega, slammeur de Kinshasa, pour nous parler poésie, slam, mots-valises…

« Il faut tirer les enfants vers le haut (…)»

Cette parole m’a aussitôt rassuré parce que combattre l’ignorance, les préjugés, l’absence de réflexion et de liberté en faisant découvrir aux enfants des passions, des envies, des moyens de se construire de belles vies, d’autres horizons est une des priorités dont j’ai fait mon chemin. C’est ce que permet la lecture, la musique, l’art, toute forme de création. En un mot, ce qu’on appelle culture.

La suite, qui fut moins drôle, « (…) les bons élèves ne doivent pas subir la faiblesse des autres (…) » m’a aussitôt refroidi, mais, une nouvelle fois, je n’ai rien dit.

Certains sont premiers de classe parce qu’ils ont simplement de meilleures notes, parce qu’ils travaillent mieux, sont un peu plus intelligents ou tiennent de leur famille un  « capital culturel scolairement rentable ». En quoi subiraient-ils d’office la « faiblesse » des autres telles que dénoncées alors que je base mes cours sur le travail collaboratif, l’esprit d’équipe et de solidarité ?

Ce qui devrait inquiéter en revanche, c’est qu’un adulte – maître ou parent – puisse, aujourd’hui encore, accorder quelque importance au classement en tant que garantie d’un niveau intellectuel, qu’on ose croire plus significatif d’être le premier de sa classe que le plus instruit des passagers de l’autobus.

Le « (…), mais il nous semble parfois que vous visez trop haut, ce ne sont encore que des enfants… » qui a suivi m’a tout aussi chamboulé parce que j’ai eu l’impression que tout et son contraire m’avaient été envoyés en pleine figure. Dois-je dès lors laisser tomber l’apprentissage de l’autonomie, de la prise de notes ? Dois-je empêcher l’enfant de réfléchir par lui-même et j’en passe. Je n’ai rien dit encore une fois.

Grandir, c’est s’exposer à d’éventuels échecs, mais aussi, parfois, se poser en rival de ses géniteurs. Pour ne pas avoir à « tuer le père », certains restent d’éternels étudiants et vivent des parcours douloureux, pétris de désirs contradictoires. Souvent immatures, ils cherchent à se faire aimer en accumulant les bons résultats. Et il faut parfois attendre un événement grave pour déceler la souffrance derrière la performance. Ce n’est, bien entendu, pas toujours le cas, mais je n’ai rien dit.

« Le français, c’est notre fleuron, il se doit d’être hissé haut dans cet établissement qui a quand même un certain standing (…) »

J’ai cru à un moment donné que ma nationalité de Belge était remise en cause au sein d’un établissement français… Le standing, dieu que ce mot est laid ! Je n’ai rien dit !

« Nous sommes déçus (…) peu de choses dans son cahier, mais nous n’avons aucune crainte pour notre enfant, mais nous parlons en général… Nous nous le permettons parce que nous sommes des parents qui suivons nos enfants (…) En math, ils sont à leur deuxième cahier et ont des devoirs tous les jours… »

J’ai eu beaucoup de mal aussi avec ces propos ; la déception portant sur le contenu du cahier, la comparaison avec le contenu du cahier de math… Dois-je donc faire fi de la lecture, de l’expression orale, de la compréhension à l’audition, des débats, bref d’une grande partie du programme ? J’ai expliqué le contenu du programme tout en le laissant à leur disposition, mais sur la teneur de leurs autres remarques, je n’ai rien dit.

Le « nous sommes des parents qui suivons (…) » fut aussi un point sur lequel je n’ai rien dit parce qu’il sous-entendait bon nombre de …sous-entendus et que je n’ai pas attendu d’être dans la dernière ligne droite d’une année scolaire pour signaler aux parents que j’étais à leur disposition. Mais, à leur décharge, je reconnais l’intérêt qu’il porte au bien-être de leur enfant et je l’approuve. Ce n’est pas pour autant que les parents qui ne viennent pas me voir s’en désintéressent !

D’autres remarques ont émaillé cette rencontre. Je n’ai rien dit, je n’ai d’ailleurs rien écrit.

Je n’ai rien dit, non pas que j’en étais au point de Martin #Niemöller *, mais parce que, devant un tel plaidoyer parental, je me suis vu quelque peu dépourvu…

*Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,

Et il ne restait plus personne pour dire quelque chose

Martin Niemöller, (camp de concentration de Dachau, 1942)

Sont-ce de belles lettres (elles sont pourtant étudiées) ? Aurais-je commis l’erreur de ne rien dire ? Se taire, c’est laisser faire, c’est cautionner, c’est être complice, c’est encore parler, c’est accepter, c’est servir, c’est pareil dans toutes les langues, c’est mentir, c’est consentir… Un peu de tout en quelque sorte…

Le #français est une langue vivante, c’est la raison de son évolution. S’il ne faut oublier les grands auteurs des siècles passés, il n’en est pas moins utile d’étudier, d’apprendre à connaître nos contemporains, celles et ceux appelés à devenir aussi, des auteurs du …passé.

Qu’est-ce qui fait un bon #professeur ? Après plus de 30 ans dans le domaine, je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Mais je n’ai rien dit…

#FabriceSalembier #Lemondedefa #Lubumbashi #Afrique #Confinement #Etatdame #Brel #Soprano

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