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Sarah (13): maman

Maman, celle qui m’a mise au monde, celle qui a déposé ce même monde à mes pieds en me protégeant au mieux de tous les dangers qu’elle comporte. Celle qui a souffert et qui souffre encore de l’absence de papa. Ils formaient un couple uni, inséparables qu’ils étaient. Le déchirement fut tel que la lueur qu’elle avait tous les jours dans les yeux avait peu à peu disparu. À nos questions d’enfants, elle répondait pourtant que tout allait bien, elle ne devait pas se montrer faible à nos yeux – mais qu’est-ce que la faiblesse dans le cas présent si ce n’est une preuve d’amour -. Elle nous a donné sa sagesse, son humilité, son éducation ; la vie a fait le reste.

Dans trois jours, j’allais la revoir. L’impatience était à son comble et elle fut aussi la cause d’une certaine fébrilité qui me coûta quelques assiettes cassées et une distraction des plus aigües. Mon oncle en rit encore aujourd’hui. Sacrée famille que la mienne !

Les jours qui précédèrent l’arrivée de maman et le repas passèrent rapidement. Il semblait reprendre du poil de la bête. Il était en tout cas plus positif qu’auparavant. Je lui avais annoncé que ma mère serait présente le dimanche et cela l’avait ravi. Voir d’autres personnes est sans doute quelque chose que nous apprécions en tant qu’être humain. Cela nous évite la routine dans laquelle nous sombrons parfois trop rapidement.

À la maison, c’est mon oncle qui était le plus engoué si j’en crois ses va-et-vient, inspectant sans cesse les moindres recoins du salon, de la salle à manger : il donnait l’impression de bientôt recevoir une des plus hautes personnalités de la place. Amusant et stressant à la fois ; il n’allait pourtant pas jouer sa vie dans ce moment qui se devait d’être convivial. Après tout le patron était un homme, comme lui.

Maman est là !

Quelle joie de la voir passer le seuil de la maison ! Je ne pus m’empêcher de courir vers elle en bousculant allégrement tonton Benjamin, qui, d’un « holà jeune fille » m’avertit de son léger mécontentement.

« Maman, tu m’as tellement manqué » lui lançais-je en l’enlaçant comme jamais. « Ma fille, ne me serre pas si fort, tu vas m’étouffer ! » répondit-elle. Tante, restée un peu en retrait, observait la scène avec un regard attendrissant : une mère et une fille qui se retrouvent après une séparation, c’est émouvant quoiqu’on puisse en dire.

L’oncle Benjamin accueillit sa sœur fraternellement ; les voyant tous deux réunis, on ne pouvait douter un seul instant des liens familiaux. Maman ajouta d’ailleurs un « Benjamin, plus tu vieillis, plus tu ressembles à papa ». Assurément un beau témoignage que celui-là ; grand-père était reconnu pour son aura et sa bienveillance.

Je l’aidai à se débarrasser, à porter ses bagages dans sa chambre et je pris quelques minutes avec elle dans un silence absolu, regard dans regard, sourire répondant à un autre sourire. Ce silence valait plus que toute autre parole. 

Nous échangeâmes en famille dans le salon devant du thé, des biscuits. Maman en profita pour offrir quelques présents ; un pagne pour Marie, une bouteille de je-ne-sais-quoi à Benjamin. Ce dernier fut ravi du cadeau : « cela fait des années que je n’en ai plus goûté, mille mercis » ajouta-t-il. Maman se tourna alors vers moi et comprit immédiatement le « et moi » qui était resté muet, mais bien présent sur mes lèvres.

Elle sortit alors une pochette de son sac : « ma chérie, ceci est un bien précieux, il a appartenu à ton père et avant à ton grand-père. Il te revient maintenant… » et m’offrit le stylo noir que je me souviens avoir aperçu sur le petit bureau de papa à l’époque. Personne ne pouvait y toucher sauf lui. L’émotion me gagna aussitôt, les larmes coulèrent le long de mes joues entretenues par l’ambiance qui régnait dans la pièce. « Merci, maman » sont les seules paroles que je pus prononcer sur l’instant.

Tonton, sentant l’émotion le prendre, tenta un tout de passe-passe en annonçant, en vue de détourner la conversation, que le lendemain serait consacré à la visite de la ville avec sa sœur. Marie et moi devant travailler, ils allaient se retrouver tous les deux et se remémorer le passé.

Lors du repas du soir, on ne parla pas du repas du dimanche, un peu de mon travail, mais surtout de la vie…

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