Textes

Sarah (10): las

Les premières semaines de travail furent un peu compliquées devant la masse de dossiers en cours, mais les encouragements de l’équipe me donnaient la force de m’adapter. Et le fait de penser à maman au village décuplait aussi mon envie de réussir. Elle était déjà fière de moi, mais je me devais aussi de lui rendre, ainsi qu’à mes frères, toute la confiance et l’espoir qu’ils avaient mis en moi. 

Chez mon oncle, tout se passait bien. J’aidais aux travaux ménagers, à la cuisine, je rendais l’un ou l’autre service qui me permettaient de ne pas devoir payer de loyer et ainsi de garder mon salaire entier. Là aussi, je soulageais ma tante comme au bureau.

Peu avant les congés de Noël, je n’oublierai jamais ce jour, ma tante étant malade, je me rendis au travail seule. Ce n’était pas la première fois. Je trouvai Monsieur Zinga assis sur les marches de l’escalier à l’étage, le regard vide. Du moins, c’est ce qu’il laissait paraître. Il n’entendit pas mes salutations. Rien. Il se leva lentement et rentra dans son bureau.

Lui, l’homme heureux, que je ne voyais que sourire, courir, rire, se démener pour les autres semblait éteint, lassé de la vie. 

Que s’était-il donc passé ?

Je pris mon courage à deux mains, c’est quand même le patron, et, à l’heure du thé, j’entrai sans frapper dans son bureau. Il leva les yeux, sans plus, pour les baisser aussitôt. Comme à l’accoutumée, je lui préparai l’infusion et, au lieu de quitter le bureau, je décidai de m’asseoir face à lui sans, dans un premier temps, lui dire quoi que ce soit. J’ai 18 ans, j’ai pris de l’assurance dans ce travail et maintenant j’ose. Si je le peux, c’est aussi à moi de tendre la main à celui qui m’a aidé.

Il lui fallut un temps avant de se rendre compte que j’étais toujours présente dans la pièce. C’est en prenant sa tasse qu’il renversa d’ailleurs qu’il me vit. Un juron étouffé fit place à l’interrogation : que se passe-t-il Sarah ? Vous avez des choses à me dire ? Ce à quoi je répondis que c’était sans doute à lui de me parler. « Monsieur, je sais que vous n’êtes pas bien, je sais aussi que cela ne me regarde sans doute pas, mais voilà, vous m’avez aidé, c’est grâce à vous que j’ai ce poste et si vous écouter peut vous soulager, je prends le risque de vous demander encore une fois ce qui vous fait souffrir pour avoir une telle attitude. » 

Il hésita, mais l’envie de soulager son cœur fut plus fort.

La parole délivre souvent. J’ai aussi appris cela de maman et papa. Et la compassion alors, c’est un réel souci des autres. C’est savoir écouter, c’est avoir un regard empreint de bonté pour pouvoir soulager la douleur d’autrui. Le réconfort de l’amitié soulage la peine. Une parole, un geste et même une pensée empreints de compassion peuvent atténuer une souffrance. Une seule parole peut changer le cours de toute une vie lorsqu’elle est enrobée de compassion. Elle redonne confiance, balaie le doute et donne des ailes vers un nouvel objectif. Aussi, il arrive qu’on puisse aider quelqu’un à ne pas commettre une erreur, réconcilier des parties en conflit, donner de l’espoir dans une phase difficile.

Un simple geste peut suffire à sauver une vie ou à aider une personne à saisir une occasion rêvée. Une pensée peut avoir le même effet, car les pensées sont porteuses d’énergie. Avec la compassion dans notre cœur, nos pensées, nos paroles et nos actions peuvent être miraculeuses.

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