Portraits d'Afrique

Sarah (7): Mais quoi qu’il advienne, tu seras heureuse !

Le réveil fut brusque et me rappela, comme si ce rêve avait rallumé les souvenirs, une certaine force de caractère. 

Je me souviens m’être adaptée rapidement à ma nouvelle vie. À la timidité craintive que j’éprouvais devant le maître – car il ne s’agissait pas d’une maîtresse comme dans mon rêve, mais bien d’un maître -, firent place le naturel et la joie de vivre. Tout le monde m’aimait. Le professeur faisait des compliments sur mon travail à papa. Maman m’apportait tous les jours des plats qu’elle préparait pour moi. Je fis de bonnes années primaires. 

J’entends encore les paroles de maman : « j’ai demandé à Dieu de te protéger, de t’accorder la « lumière et la propreté » du cerveau (traduction fidèle de l’intelligence). Tu seras notre trésor, tu seras distinguée comme ta race dans le pays de ton père. Tu réaliseras mon rêve. Mais je ne sais pas si je vivrai longtemps pour te voir grandir. « C’est Dieu seul qui dispose de notre souffle ».

Mais quoi qu’il advienne, tu seras heureuse ! Je t’ai donné le jour pour cela même !

Elle avait tout pressenti sauf que quelques années plus tard, c’est papa qui nous quitta. Le deuil fut cruel. Enfin, quelques années s’écoulèrent et j’obtins mon certificat d’études secondaires. Ma mère, ma sœur et mes frères en furent heureux, flattés. Je faisais leur orgueil ! Un certificat d’études ! Ce n’était pas peu de choses ! 

Je suis à présent une grande jeune fille de 18 ans ! Un poste de confiance dont je veux être et demeurer digne m’est octroyé. Je ne sais de quoi l’avenir sera fait, je vis le moment présent. De mariage, je ne veux entendre parler,  j’ai vu, autour de moi, tant de ménages malheureux que je ne me hâte pas. Le temps venu, je devrai éprouver d’abord les sentiments de celui que je voudrais choisir pour père de mes enfants. Je ne convoite que le vrai foyer où chacun se sacrifie pour les autres.

Cependant, j’aime la vie y compris ses jours sombres : j’ai toujours pensé que ce qui meurt doit renaître. Je pardonne même aux sceptiques, à ceux qui critiquent et qui pensent qu’éternellement, la femme doit demeurer la servante résignée qu’un homme peut prendre ou délaisser suivant son caprice.

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