RDC

Sarah (2): je m’appelle Sarah

Je m’appelle Sarah…

Les seuls souvenirs que j’ai de mes premiers pas à l’école, ce sont justement ces pas, des milliers, des millions pour me rendre, chaque jour, dans l’école la plus proche du village. Tôt le matin, avant de nous rendre à l’école, mes frères, plus âgés, allaient puiser l’eau au puits avec leurs copains de la communauté. Bidons, bassines furent leurs premiers outils de travail. Activité primordiale qui se répétait aussi le soir au retour des cours. Une fois l’eau acheminée le matin, c’était bouillie pour tout le monde, il ne fallait pas partir à l’école le ventre vide.

Pour aller à l’école, ils échangeaient alors leurs premiers outils contre une ardoise, un petit sac de toile et, le cœur vaillant, ils m’accompagnaient sur la route pour une bonne heure. L’école n’était pas tout près. Qu’il était bon, une fois arrivés, de pouvoir s’asseoir à même le sol et d’écouter le maître nous donner les leçons. Rares étaient les bancs, les chaises ; nous étions tributaires des bonnes volontés, des dons d’associations. Pour nous, ce n’était pas trop grave, nous avions la chance de disposer d’une école, chose encore rare dans notre coin. J’adorais lire aussi comme mon jeune frère. Nous dévorions les livres qu’ils nous étaient possible d’avoir ainsi que de vieilles revues récupérées çà et là.

Ma sœur, plus âgée que moi, a trouvé sa voie et son mari dans l’informatique, leur petite entreprise fonctionne bien et ils sont heureux. Elle vit au Canada en famille avec ses deux enfants. Je ne les vois que très rarement, mais nous sommes souvent en contact. Moi, j’ai 18 ans, j’ai réussi les examens d’État, mais l’Université c’est cher et il m’est impossible de poursuivre des études supérieures même avec l’aide du reste de la famille. Impossible. Au village, les gens ont aussi essayé de nous aider, mais je ne voulais pas être redevable de quoi que ce soit.

On me disait trop fière, c’était sans doute vrai. La fille de son père, vraiment pouvait-on entendre dans le village. Oui j’en étais fière de ce papa trop tôt disparu ; il nous avait inculqué le respect, l’honnêteté et la tolérance, lui le menuisier qui n’avait pas été aidé par le destin, lui qui avait sacrifié sa vie pour les siens. Nous aurions dû le voir vieillir à nos côtés pour pouvoir nous occuper de lui comme il s’était occupé de nous. Dieu en a voulu autrement. Dieu est parfois injuste, mais il est mon moteur.

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