Etats d'âme

Un samedi de confinement

Un samedi différent parce que j’ai décidé de participer à un jeu amusant, celui d’écrire un texte cohérent avec dix mots imposés : impair, dos, histoire, orphelinat, hutte, millionnaire, sucre, renard, furieux, autoroute. Rien à gagner si ce n’est que le partager…

Un samedi à Lubumbashi

Lorsque vous vous réveillez le matin, que les rayons du soleil filtrent déjà sous les stores, vous ne pouvez que penser à une journée bien belle. Oui, je me suis levé un peu tard ce matin, mais j’en avais besoin. Ne dit-on pas qu’une bonne nuit de sommeil vous rend en forme et de bonne humeur au réveil ? « Je suis de bonne, bonne, bonne humeur ce matin, y a des matins comme ça ».

Comme à l’accoutumée, les animaux me font la fête. L’on entend les oiseaux chanter, les enfants de l’orphelinat voisin crier, les véhicules circuler aussi. Mais bon, inutile de tout exiger en ce mois de mars, confinement oblige. L’histoire nous repasse les plats, c’est la littérature qui me l’a dit, Camus en tête.

J’ai décidé en cette belle journée de prendre les choses comme elles viennent. Il ne peut rien m’arriver, le temps est avec moi. Le petit déjeuner avalé – oui, ai déjeuné ce jour, c’est un exploit -, je m’en vais pousser le nez en dehors de la parcelle, en quête du courrier que le facteur aurait pu déposer dans la boîte. Mince, quel idiot suis-je, il n’y a pas de facteur ici, il n’aura donc pas le temps de partager un café avec moi. Qu’importe, j’aime à croire que le soleil fait rayonner les gens.

Un second café et un sucre.

Je prends alors connaissance des nouvelles du web, l’autoroute de l’information. Les journaux en ligne, ça a du bon sauf quand il faut éplucher les pommes de terre ; un avion a disparu, un nième accident est survenu, une flopée de fake news sur la pandémie qui sévit. Je suis furieux. Même plus envie de me mettre au comptoir et de philosopher ou l’inverse.

La boîte mail

Alerte, alerte… des mails arrivent à foison. Que se passe-t-il ? On va éplucher – non pas les pommes de terre dont je parlais plus haut, mais les « news » -. Bon sang, certains ont passé la barrière spam ; j’ai gagné à la loterie sans jouer, j’hérite du fin fond de l’Afrique et il m’est proposé des prêts très avantageux… Pas besoin de lire ces derniers puisque les premiers m’annoncent que je suis devenu millionnaire bien malgré moi.

Quel début de journée en fanfare !

Il est donc temps de passer aux tâches ménagères. Cela doit se faire aussi. Une vraie petite fée du logis. Si, si je vous assure. Et vas-y que je frotte, que je frotte. Oh vilain menteur, c’est une brave dame qui s’en occupe. Oui, mais bon, j’avais envie de tirer un portait mélioratif de moi, ai sans doute lu trop de romans et pas uniquement celui de Renard…ou Renart ? Je ne sais plus trop, mais quel drôle d’animal suis-je me direz-vous.

Il est temps aussi de véritablement profiter de la douceur de la journée. Joignons l’utile à l’agréable ! Une petite marche s’impose pour aller chercher quelques denrées alimentaires. Elle sera assurément agrémentée de bien des « bonjour » ; l’effet soleil assurément. Le temps de me changer, histoire d’être quelque peu présentable, voilà qu’il se met à pleuvoir. Pas de parapluie, mais une espèce d’impair sur le dos fera l’affaire. Oui, je sais quelle maladresse d’écrire impair de la sorte, imper aurait été plus judicieux, mais le mot m’étant imposé, je n’avais pas trop de choix.

C’est d’un pas léger, il faut bien que j’évite les nombreuses flaques qui jonchent mon parcours, que je déambule jusqu’à la supérette du coin. Bonjour patron, bonjour papa, bonjour tonton. Je vous l’avais dit. C’est incroyable ce que les gens peuvent être aimables et souriants ici. Même les légumes vous font de l’œil.

Je décide donc, une fois rentré, de me préparer un repas dont seul j’ai le secret…et il le restera. J’aurai bien encore assez de temps dans la soirée afin de prendre connaissance des derniers mails. Et puis, sait-on jamais que l’un ou l’autre ne me coupe l’appétit.

Top chef, me voilà. Une petite heure de préparation pour 15 minutes de dégustation, ça c’est moins drôle, mais l’important est de savourer l’instant.

Repu, je m’en vais finir la soirée en compagnie de mon PC. Un petit tour sur les réseaux sociaux à la recherche du bon jeu de mots sans faute d’orthographe. Je sais, ce n’est pas gagné d’avance. Les gens sont à la fois drôles et pathétiques sur le web… ça vole – parfois haut, mais souvent bas -. Un message : reste dans ta hutte, c**, on n’a pas besoin de toi ici en Belgique ! Je vous l’avais dit, cela ne vole pas très haut. Les vols sont d’ailleurs annulés. Dois-je vous écrire ma réponse ? Que nenni !

Oui, je vis à l’étranger, dans un pays qui m’a accueilli, à Lubumbashi. Je suis un migrant et les migrants, on ne les aime pas trop en Belgique (rires). Allez, sur ce, bonne journée. Demain est un autre jour. Je m’en vais rêver d’un monde meilleur.

Publicités

Laisser un commentaire