Etats d'âme

Une tranche de canard et de vie

Il est 13hrs, l’endroit où j’ai l’habitude de me rendre annuellement lors de mes passages en Belgique est ouvert. Si le monde ne s’y presse pas, rares sont pourtant les tables libres. Le serveur m’invite à poursuivre le court chemin qui mène au fond de la salle et là, une petite table s’offre à mes yeux non loin d’une douzaine de personnes, d’un âge avancé, déjà attablées et semblant fêter le pré-réveillon.

Ils n’ont pas encore passé commande : leurs discussions tournent autour du dernier film un peu trivial vu le jour précédant en passant par la chasse et les potins de la région. Si la parité à table est de mise, force est de constater que les hommes se tiennent à la droite et les femmes, à l’évidence, à la gauche.

Mon entrée arrive et l’un d’entre eux, se levant, m’adresse un bon appétit convivial. Les femmes semblent s’impatienter, quelques phrases en néerlandais en témoignent. Je ne peux m’empêcher de sourire. Le temps de siroter mon verre de vin, voilà que le serveur arrive avec le premier plat qu’il dépose délicatement devant le seul homme n’ayant pas encore pris la parole tout en l’avertissant de la chaleur de l’assiette. Sa seule réponse est un simple merci et, alors que la décence aurait voulu qu’il attente que ces voisins de table soient servis, il se jette littéralement sur son met. Pour les autres, je ne peux m’empêcher de penser que le canard devant leur être servi en magret est toujours vivant (pour les puristes, je fais là allusion à Robert Lamoureux dans son interprétation de la chasse au canard). J’y ai pensé oui, je l’avoue, je l’écris non sans un rire intérieur.

L’armada de serveurs arrive enfin, les magrets sont servis ; l’un d’entre eux crie « croquettes », certains lèvent la main, d’autres répondent en paroles. Un jeune serveur annonce, quant à lui, que les autres portions de frites vont arriver. L’une est cependant déposée sur la table dans un joli panier représentant d’ailleurs l’élément principal d’une friteuse ; le panier. Et voilà qu’aussitôt une dame y met la main ( là, je vous invite à parcourir le menu/dictionnaire de votre choix). Oui, elle met bel et bien la main au panier (sic) saupoudrant ainsi son filet de poulet saucé de généreuses frites.

Entretemps, mon escalope est arrivée : comme chaque année, c’est une tradition aux champignons. Pour d’autres c’est la choucroute avec la pièce d’un euro en dessous. Pas pour moi.

L’homme aux blagues salaces se lève. Je n’en ai pas parlé car je ne veux pas vous indisposer à la lecture de cette tranche…de vie. Il sort son smartphone, il va donc prendre une photo. Immortaliser le moment. « Ça y est, … va prendre une photo et dans une minute ce sera sur facebook » lance celle qui doit être son épouse. Quelques gloussements et rires gras interrompent fourchettes et couteaux. Les potins reprennent tout comme la mastication, j’en sais assez.

J’en suis au café. Mon repas fut savoureux tout comme ce moment volé que je partage volontiers avec vous. A cette table, j’adresse des souhaits de longs plaisirs encore à venir. Qui sait, à l’année prochaine peut-être ?

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