Politi(comi)ques ou pas

La stratégie de communication de Macron… Joker

Alors que la grève bat son plein en France parce que la population craint, notamment, pour le régime des pensions, le Président annonce renoncer à la future retraite inhérente à sa fonction.

Alors qu’il est en train de proposer le changement de nom du franc CFA dans certains pays d’Afrique, le voilà lançant une phrase qui restera sans nul doute dans les annales – quelles qu’elles soient d’ailleurs – : « le colonialisme a été une erreur, une faute de la République ».

Que pensez de tout cela ?

Si l’on peut voir dans son refus de percevoir sa pension, un geste solidaire vis-à-vis des petites pensions, on peut aussi se laisser aller à une forme de mépris de l’homme d’Etat par rapport à ce qui se passe actuellement en France… Qui, au sein de la population, pourrait se passer de sa pension ?

Quant au second coup de « com », force est de constater qu’il s’agit bel et bien d’une manœuvre laissant à penser que tout est réellement fait pour que l’Afrique puisse se libérer du franc CFA… Ce « je suis conscient…., je suis l’ami de l’Afrique » tenterait alors à faire croire que… En réalité, il ne s’agit actuellement que d’un changement de nom, le FCFA devenant l’ECO !

J’en viens maintenant à vous livrer ce que nous en dit M. Driss Ghali,  écrivain et diplômé en sciences politiques qui vient de publier ‘Mon père, le Maroc et moi » aux Editions de l’Artilleur ainsi que « David Galula et la théorie de la contre-insurrection » aux Editions Complicités.

En visite en Côte d’Ivoire, le président Macron a fermement condamné le colonialisme en tant qu’idéologie. Or, si la colonisation de l’Afrique a bel et bien été « une faute de la République », elle a aussi apporté quelques bienfaits. Sachons séparer le bon grain de l’ivraie car la culpabilisation de l’Europe fait les délices des dictateurs africains. 


A chaque fois que quelqu’un parle de la colonisation pour la discréditer, je me méfie. Huit fois sur dix, il s’agit de détourner l’attention du public sur des forfaits qui sont commis à l’instant présent. Il n’est pas question de réhabiliter le colonialisme mais de le remettre en perspective calmement. Tout l’inverse de ce que font les ennemis réels de la cause africaine.

Fuite des cerveaux au Canada

Mobutu, le tyran qui a saigné le Zaïre, lui aussi critiquait la colonisation européenne. Cela ne l’a pas empêché de mettre l’économie zaïroise en coupe réglée, au profit d’une petite clique qui n’a laissé derrière elle que désordre et désolation. Ceux qui ont tué Lumumba se gargarisaient aussi de mots creux à l’encontre de l’impérialisme, ils ont quand même privé l’Afrique d’un de ses esprits les plus brillants. Et combien de gouvernements arabes ressortent régulièrement le couplet anticolonial au moment où ils éradiquent l’espoir chez la jeunesse ?

Macron devrait savoir tout cela, du moins ses conseillers devraient le lui dire. Ils ont tous les éléments en main pour se rendre compte que les Africains sont soumis à l’assaut de forces maléfiques qui coupent à la machette toute manifestation d’indépendance réelle. M. Macron, s’il était vraiment l’ami des Africains, devrait les aider à faire face aux menaces du présent et non à cracher sur les cadavres dûment enterrés que sont le colonialisme et l’impérialisme français.

L’Afrique fait l’objet d’un pillage en règle de ses meilleurs cerveaux par le Canada. La nation du magnifique Justin Trudeau fait son marché parmi les ingénieurs, les médecins, les développeurs informatiques que l’Afrique a formés à dure peine. Le Canada ne veut pas des pauvres et des analphabètes : il lui faut de la ressource humaine pour créer des richesses…chez lui, en Amérique du Nord.

Le fléau du viol

La Chine fait du business en Afrique sans se préoccuper du transfert de technologie ni de la mise à niveau des PME locales. Pour s’en rendre compte, il suffit de compter le nombre d’étudiants africains qui apprennent le Chinois ou d’estimer la proportion de travailleurs chinois dans les chantiers d’infrastructure.

En ce moment même, l’Afrique des Grands Lacs est saignée et défigurée à la recherche de métaux rares. Le pillage est accompagné (voire permis ?) par une épidémie de viol à grande échelle qui détruit les communautés locales. Une campagne abjecte où l’on abuse des femmes, des bébés et des hommes aussi, dans l’indifférence générale. Heureusement, des Africains d’une stature exceptionnelle, comme le Dr. Mukwege se mettent en danger pour recoudre les corps profanés et réhabiliter les âmes mutilées.

Et enfin, comment oublier l’assaut djihadiste sur cette humanité africaine qui se trouve réduite à porter le voile, à cloîtrer les femmes et à embrasser une idéologie étrangère faite de tristesse et de méchanceté ? S’il y a un colonialisme à combattre, c’est bien cela : le wahhabisme.

Les revers d’une faute

Alors, revenons à la colonisation française, le sujet qui semble obséder les élites françaises. Est-ce une « faute de la République » ? Oui, bien sûr à condition de compléter la phrase :

« La colonisation française a été une faute de la République, commise en partie par des idéalistes qui croyaient bien faire, rendue possible par les peuples africains qui ont participé à la pacification. Une faute qui, sur la longue durée, a rendu des services à l’Afrique et au monde arabe en général. »

La colonisation que M. Macron aime tant dénoncer a rendu possible une hausse inédite de la population africaine. En 1900, l’Afrique de l’Ouest comptait 30 millions d’habitants. En 1960, ils étaient plus de 84 millions. Conséquence directe de la baisse généralisée de la mortalité infantile et du recul des maladies tropicales.

Si la colonisation était un crime contre l’humanité, elle aurait détourné les tirailleurs sénégalais, maliens et malgaches de l’appel de De Gaulle et de Leclerc durant la Seconde Guerre Mondiale. Car personne ne prend spontanément les armes pour défendre son oppresseur.  Si la France a une dette envers l’Afrique, c’est à l’égard de ces héros anonymes qui ont contribué à débarrasser l’Europe du nazisme, pour une bouchée de pain.

L’Afrique a conquis l’Afrique

D’ailleurs, si nous examinons le passé, nous risquons d’avoir des surprises désagréables. La première est que l’Afrique a conquis l’Afrique puisque des populations locales ont prêté main forte aux armées françaises pour soumettre leurs semblables.  Il s’agissait de rendre la monnaie d’humiliations anciennes ou tout simplement de razzier le voisin. La pacification à la fin du XIX° et au début du XX° siècle est une affaire franco-africaine, un crime commis à deux. Une faute collective.

Au Maroc et en Algérie d’ailleurs, les émeutes et les rébellions contre l’occupation française étaient souvent matées par des troupes africaines composées de maliens et de sénégalais.  Attention, à ne pas réveiller les vieilles cicatrices.

L’irruption de l’Occident en Afrique a mis un point final à la traite négrière musulmane. A Marrakech, vers 1900-1910, des esclaves noirs étaient négociés ouvertement. Les populations du Darfour, de l’Ouganda et des Grands Lacs ont été saignées par les commerçants musulmans de Zanzibar, un territoire sous la domination du Sultanat d’Oman. Et dans le cas des jeunes hommes, la castration systématique était la règle avant l’envoi en Turquie, en Arabie et en Perse, destinations finales de plusieurs milliers d’Africains.

Une violence ambivalente

Bien entendu, les Français, les Allemands, les Belges et autres Britanniques, ont mis fin à une oppression pour vite en installer une autre. Au Maroc, mon père ne pouvait pas se rendre au cinéma dans les années 1940/50 car il était musulman. Une sorte d’apartheid réservait les quartiers dits européens aux seuls colons et fonctionnaires français. Tout cela est vrai et palpable. Mais, ce même colonialisme, qui a maltraité mon père, lui a offert une bourse d’étude intégrale pour rejoindre l’école des télécommunications de l’Armée de l’Air à Auxerre, en 1954.  Ce même colonialisme a permis à ma mère de suivre le primaire et le collège chez les bonnes sœurs à Taza. A ce jour, ma mère me raconte, avec les yeux qui brillent, les après-midis passés avec Mme Claire, une sœur catholique venue de Nice et qui lui faisait des dictées, tirées des plus belles pages de Saint-Exupéry et de Lamartine.

Le colonialisme, malgré ses défauts évidents, a rendu service. Il nous a heurtés, bousculés, violentés mais il nous a montré le chemin.  Je ne fais ici que reprendre les conclusions de l’immense Fernand Braudel (La Grammaire des Civilisations, 1963) et je les fais miennes.

Traitons les Africains en adultes

Oui, la France a montré le chemin. Un chemin parmi d’autres mais un chemin quand même.  Lyautey, par exemple, a permis aux Marocains d’entrer dans la modernité sans se débarrasser de leurs traditions. Il leur a rendu un immense service en préservant soigneusement la monarchie, en publiant des décrets appelant à la préservation des monuments, en empêchant les Européens de vivre parmi les musulmans de la médina pour respecter leur mode de vie. Lyautey était certes colonialiste mais quel panache et quelle vision ! Malheureusement, Lyautey était monarchiste et catholique, que de péchés impardonnables par les temps qui courent…

Il restera aux Africains à séparer le grain de l’ivraie comme des adultes capables de prendre leur destin en main.  Si on les laisse tranquilles, si on cesse de les exciter contre un ennemi artificiel nommé France, ils verront un fil conducteur entre Lyautey, Lumumba, Senghor, Fanon, Nkrumah, Sékou Touré et Sankara. Ils verront une communauté du courage et du bon sens au service de la renaissance africaine et arabe. Je fais confiance à la lucidité du sud et me méfie de plus en plus des déclarations d’un nord complètement égaré.

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