Benin

A la rencontre de Carmen Toudonou, écrivaine béninoise

Carmen est béninoise et réside à Cotonou. C’est elle qui, via la maison « Vénus d’Ebène » a publié mon premier ouvrage « Sinibagirwa »… Il était donc temps de vous en dire davantage sur elle…

Pourriez-vous me raconter comment et quand vous avez commencé à écrire ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

Mon envie d’écrire est partie de la volonté d’imiter les nombreux auteurs que j’ai très tôt commencé à lire. Il faut dire que vers la fin de mon cours primaire, j’ai découvert la lecture et m’en suis passionnée. Plus tard, j’ai eu, comme beaucoup j’imagine, le désir d’écrire pour tester mes capacités à le faire. Le catalyseur a été un cours sur les figures de style en classe de terminale scientifique. À partir des notions approfondies sur ces figures, je me suis lancée et j’ai écrit un premier poème intitulé plutôt prosaïquement  »dans ma classe ». Depuis ce premier texte, je ne me suis plus arrêtée d’écrire.

Faisiez-vous lire ce que vous écriviez ? Si oui, à qui ? Quels étaient les avis que vous récoltiez ? Avez-vous été encouragé(e), découragé(e) ? Par qui ?

J’ai fait lire mes premiers poèmes par un poète que je connaissais, et qui m’a vivement encouragée à continuer. Ensuite, lorsque j’ai rédigé mon premier roman, j’en ai fait des copies que j’ai remises à des écrivains que je connaissais, mais aucun ne m’a lue. J’ai alors déduit que si j’estimais qu’il fallait que ces personnes me lisent, c’est parce que je savais en mon for intérieur que ma production n’était pas bonne. Ceci a induit le fait que, ce roman, je l’ai réécrit trois fois, avant de le juger en état d’être soumis à un éditeur. Ma mère fait également, par ailleurs, partie des personnes qui m’ont encouragée à persévérer.

Que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent(e) ? Quels sont les auteurs que vous aimiez ? Et maintenant ?

Enfant, j’ai lu très peu de littérature pour enfants. J’ai très vite été intéressée par les romans. Puisque ma mère était enseignante, elle me fournissait en romans qu’elle ramenait de la bibliothèque de son établissement. C’était en grande majorité des classiques français. Je suis assez rapidement tombée amoureuse de Guy de Maupassant, puis de Émile Zola… Enfin, de leur plume… Il y avait aussi quelques russes : Dotoievsky notamment que j’ai adoré lire. C’est plus tard que j’ai réellement découvert la littérature africaine puis américaine. Aujourd’hui, je garde une énorme affection pour les auteurs précités, mais j’aime lire aussi John Steinbeck, Olympe Behly-Quenum, Toni Morrison, Charles Dickens, Victor Hugo,etc…

Combien de temps s’est-il écoulé entre le moment où vous avez eu un manuscrit prêt et le moment où vous avez décidé de faire des démarches pour le publier ? Est-ce que quand vous l’écriviez, vous aviez déjà en tête l’idée de le publier ? Qu’est-ce qui vous a poussé à publier ? Est-ce que vous trouvez que c’est une étape importante ? Nécessaire ? Ou pas ?

Mon premier manuscrit prêt a été mon roman  »Presqu’une vie ». J’en ai d’abord commencé la rédaction dans l’intention de prendre part à un concours. Puis je ne l’ai pas trouvé assez abouti. J’ai mis dix ans à le peaufiner, puis deux années se sont encore écoulées avant que je ne pense à le publier. Quand je l’écrivais, je ne pensais pas vraiment à le publier, mais ensuite, je me suis laissé penser qu’il intéresserait peut-être le public. Disons que j’estime que publier est une étape importante, parce que je trouve beaucoup de bonheur dans la lecture, et j’estime que si tous les auteurs que je lis avaient eu l’égoïsme de ne pas publier leurs œuvres, je n’en jouirais pas. Bien sûr, publier demande une part de narcissisme que tout auteur, moi y compris, doit assumer pleinement.

Comment votre livre a-t-il été commenté au moment de sa sortie et ensuite ? Avez-vous été étonné(e) de cette réception ? Content(e) ? Déçu(e), etc. ?

Oui j’étais très étonnée, positivement, de l’accueil qui a été réservé à mon roman, aussi bien par la critique que par le public. Il est d’ailleurs actuellement en cours de réédition pour la deuxième fois, les deux précédentes éditions étant épuisées. Après ce roman, il y a eu quatre nouvelles œuvres, toujours accueillies avec enthousiasme. Pour vous donner une idée de cet accueil chaleureux, deux de ces quatre publications sont épuisées. Ne restent que mes deux dernièrs livres, un livre de conte illustré et un recueil de nouvelles qui ont été publiés en 2018…

Avez-vous participé à des concours littéraires ? Avez-vous reçu des prix ? Comment la participation se déroulait-elle ?

J’ai eu la chance de voir  »Presqu’une vie » terminer finaliste du Prix du Président de la République en 2017. Cette année, mon recueil de nouvelles  »Carmen Fifonsi Aboki » est finaliste du Grand prix littéraire du Bénin » (la délibération finale est attendue le mois prochain). Ce même recueil a été parmi les ouvrages nominés pour le Prix Ahmadou Kourouma du salon du livre de Genève en 2018. Je prends toutes ces distinctions comme une invite à continuer à travailler.

Avez-vous déjà eu l’occasion d’être invité(e) en tant qu’écrivain à l’étranger ? Si oui, dans quel cadre était-ce ?

J’ai participé à plusieurs salons du livre hors du Bénin dont le célèbre  »Salon du livre de Paris » en 2018. Je faisais partie de la délégation des écrivains représentant le Bénin à cette occasion et ce fut une belle opportunité pour rencontrer des lecteurs mais aussi des auteurs venus du monde entier, et de créer des partenariats.

À partir du moment où vous avez publié votre premier ouvrage, vous a-t-il été plus facile (plus difficile) de publier ensuite ?

Clairement oui. Au début, l’on tatonne beaucoup. Il n’y a pas grand monde pour vous guider dans cet univers. L’on commet également énormément d’erreurs, puis ensuite, l’on commence à mieux se retrouver et à prendre ses marques. Après ma première publication en 2014, j’ai publié ensuite très vite car j’avais un certain nombre de manuscrits quasi finalisés, et  »mon » public en redemandait.

Où peut-on trouver vos livres ?

Mes livres sont disponibles dans les librairies du Bénin, mais aussi en ligne pour  »Carmen Fifonsi Aboki (CFA) » recueil de nouvelles chez BoD et  »Des galons et des couleurs », essai chez EUE.

Gagnez-vous de l’argent avec cette activité ou vous coûte-t-elle plus qu’elle ne vous rapporte ?

Bien sûr que je gagne de l’argent avec ma plume. Je ne suis pas encore au point d’en vivre, mais c’est une activité assez lucrative. Cela a été d’ailleurs l’une des surprises lorsque j’ai embrassé la carrière d’écrivaine.

Faites-vous partie d’un cercle, d’une association d’écrivain(e)s ? Si oui, laquelle/lesquelles ? Depuis quand ? Y tenez-vous un rôle particulier ? Est-ce que le fait de faire partie d’un tel regroupement vous aide à vous donner une visibilité, à mieux faire la promotion de vos livres, à avoir accès à des fonds, à participer à des événements publics ?

Je ne suis pas très portée naturellement vers les associations car j’estime que le travail de l’écrivain exige avant tout par une certaine solitude. Ceci dit, je suis membre et délégué-Bénin de  »Rencontres Européennes de la Poésie Europoésie », et je suis vice-présidente de l’association Plumes Amazones du Bénin. Ces regroupements favorisent les échanges entre écrivains.

Pouvez-vous me parler en quelques mots de chacun des livres que vous avez publiés ?

Le roman  »Presqu’une Vie » raconte l’histoire d’une jeune fille africaine consacrée au Vodoun de son clan. L’ouvrage pose la problématique de l’éducation des filles en Afrique.

Le recueil de poèmes  »Noire Vénus » présente une trentaine de poèmes dont la plupart explorent l’amour sous toutes ses formes.

L’essai  »Le vert, le rouge et le noir » est un ouvrage de linguistique qui présente une sémiologie des grades et des galons dans les Forces Armées Béninoises.

Le recueil de nouvelles « Carmen Fifonsi Aboki (CFA) présente 12 nouvelles dépeignant le portrait d’une société en proie aux excès : alcoolisme, addiction au jeu, aux femmes, dérives sectaires, corruption politique, etc.

Le conte illustré ‘Le lionceau et le papillon » raconte, de façon ludique, le processus de transformation des chenilles en papillons, tout en présentant un panorama de la savane africaine.

Est-ce que l’emploi que vous occupez vous laisse du temps pour l’écriture ? Est-ce que vous le voyez/vivez comme complémentaire/compatible avec l’activité d’écriture ou complètement différent ?

Lorsque l’on tient à faire une chose, l’on trouve des raisons de la faire. Et quand on ne veut pas faire quelque-chose, on trouve des prétextes, n’est ce pas ? Je ne dirais pas que mon emploi me laisse le temps d’écrire. Mais le temps pour écrire, il faut le trouver et je m’en accommode très bien. Étant journaliste, je ne note aucune complémentarité entre mon métier et celui d’écrivaine.

Est-ce que vous aspirez (avez déjà) aspiré à vivre de votre plume ?

Ce serait le rêve : pouvoir vivre de ma passion. Oui.

Avez-vous des proches qui militent ou qui ont milité ?

Ma maman a été une grande militante pour l’avénement de la démocratie au Bénin. Elle représente pour moi une source d’inspiration au quotidien.

Pensez-vous que l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Je pense que l’écrivain a le devoir de poser les sujets, les débats importants. Après, je ne crois pas qu’il suffit d’un roman ou d’une pièce de théâtre pour changer le monde. Je n’ai pas cet optimisme beat là.

Une réaction sur le livre au Bénin en particulier et en Afrique en général ?

Le livre en Afrique est encore dans un état végétatif. Pour deux raisons essentielles : d’une part, la littérature est souvent le parent pauvre du secteur culturel, qui lui même, est le parent pauvre des politiques de développement. Ceci est-il dû à la tradition orale ? Le sujet peut être creusé. D’autre part, le livre en Afrique francophone est dans la plupart des cas un livre en français. La part de ceux qui peuvent lire tout court, et lire en français étant négligeable, le public de ce livre est réduit à la portion congrue.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.