Benin

« Lire l’Afrique, à la rencontre d’un auteur : rencontre du 14 juin 2019 3ème partie – Rencontres

Alors que je suis l’initiateur du projet, le nouveau comité a décidé de m’inviter, en tant qu’auteur le 14 juin 2019 pour parler de mes ouvrages au grand public… Il a été décidé de lire quelques extraits et d’en parler ensemble. Voici donc ceux concernant le troisième ouvrage intitulé RENCONTRES

Fabrice Salembier, professeur de lettres au Lycée français de Lubumbashi est aussi écrivain à ses heures… Du Rwanda dans les années sombres en passant par le Bénin, le voici en RDC depuis maintenant un peu plus d’un an. 4 ouvrages relatent ses expériences de vie, ses rencontres, ses illusions mais aussi des désillusions…

RENCONTRES

Son 3ème ouvrage illustre des rencontres sur le continent noir…

Tous les jours vous croisez des regards, vous rencontrez des personnes et ce sans vous arrêter. Votre envie de les interpeller est parfois forte mais vous hésitez par crainte d’une non réponse, d’un geste, d’une parole déplacés.

Vous avez cependant le sentiment profond d’avoir manqué d’un essentiel : rencontrer l’Autre pour mieux le comprendre, rencontrer l’Autre pour apprendre, rencontrer l’Autre pour s’épanouir, grandir encore et encore.

Je ne vous parlerai pas de Babel, d’as-Sarh, de religions, de races, de couleurs, de nationalités, d’appartenances, de castes, de classes sociales,…  J’ai envie de parler de nous. Moi, vous, nous, pouvons vivre ensemble. Moi, vous, nous, le voulons-nous ? Nous qui sommes capables du pire comme du meilleur. Nous qui sommes en mesure, un jour, d’adresser un bonjour à un inconnu et qui, un autre jour, refusons sa main tendue. Nous qui, un jour, aidons une personne dans le besoin et qui, un autre jour, appelons à la haine, au meurtre. Nous ! Oui nous !  Je suis aussi une partie de cet humain qui croit en l’Autre, qui prône la tolérance, l’égalité, le bonheur pour toutes et tous. Je suis…et là est sans doute le plus important. Du Bénin à la République démocratique du Congo, une histoire de rencontres…

EXTRAITS

Extrait 1

L’enfant handicapé

Baudelaire n’écrivait pas en vers, il n’allait pas à l’école. Handicapé depuis sa tendre enfance, il n’était pas aux yeux de sa famille, aux yeux de sa communauté et donc, par la même, aux yeux des autres.

Pourtant, il était bien présent mais ignoré de tous. D’abord d’un papa qui avait préféré quitter le foyer avec les enfants normaux selon ses propres dires, les enfants qui pourraient lui apporter de l’aide.

Que pouvait faire Baudelaire pour ce papa sinon être un fardeau, une bouche à nourrir sans que celle-ci ne lui apporte confort et aides matérielles ? On ne s’embarrasse pas d’une telle chose ! C’est ainsi depuis nombre d’années : ce qui est cassé va à la poubelle. C’est plus aisé, plus facile. Baudelaire restait seul dans son coin, la maman ne pouvant, ne sachant pas quoi faire, l’avait confié à la grand-mère, souffrante, qui faisait son possible pour cet enfant peu gâté par la vie selon la norme que nous nous en faisons.

La vie, parlons-en, elle était bel et bien ancrée en lui ; son éternel sourire en témoignait. A la force des bras, il se traînait de sa chambre vers l’extérieur espérant trouver un peu de chaleur, lui qui avait un rêve, comme chacun d’entre nous d’ailleurs, celui de devenir éleveur de lapins. Je suis persuadé qu’il les voyait ses lapins gambader dans le grand clapier qu’il s’était mis en tête de construire. En rêve, oui mais cette nourriture qu’est le rêve le transcendait malgré que la communauté, la « famille », ne voyait en lui tantôt qu’une punition céleste tantôt qu’une divinité aux sombres aspects qu’il fallait ignorer. C’est dire la solitude dont il souffrait du moins je le suppose car ce jeune homme n’en parlait pas, il souriait juste.

Chez moi les interrogations fusaient. Comment pouvait-il atteindre son rêve, toucher à celui-ci sans soutien, sans reconnaissance ? Il était mais n’existait pas ! J’aurais tant voulu sonder son âme, le voir de l’intérieur, partager sa peine, ses espoirs. L’aider à espérer. Lui, il souriait toujours. Sa seule force sans doute.

Alors que je m’étais mis en quête de réponses à ma perception de cette vie, Baudelaire s’en est allé sans faire de bruit, avec ses rêves, ses espérances, voir si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs, l’herbe qu’il aurait tant voulu pour ses lapins. Dorénavant, les anges veillent sur lui, parce qu’eux ont compris l’importance de toute vie humaine.

L’ignorance, la peur sont autant de choses qui nous rendent parfois bien pauvres. La beauté de l’âme n’est jamais apparente, elle réside dans le cœur de celui qui la détient. Baudelaire avait cette beauté. Il la communiquait à sa manière mais personne ne l’a vue ou, à tout le moins, personne ne l’a comprise.

Il avait un rêve, il s’en est allé…

Extrait 2

Le hasard de 4 vies

4 béninois me racontent. Morceaux écrits. Morceaux choisis.  (…)

Il était enfant plein de vie, il adorait taper dans le ballon. A 10 ans, une erreur de traitement ; le voilà paralysé des deux jambes malgré tous les efforts de sa grand-mère. « Tu n’as plus tes jambes mais tu as encore tes bras… », ces paroles resteront à jamais gravées dans sa mémoire. Il est devenu homme, époux, papa…  (…)

Seul de sa famille à avoir eu la chance d’user ses fonds de culotte sur les bancs de l’école. Pas longtemps. C’était un enfant des collines, de la terre. Le choléra a durement frappé son village. « La mort, …c’est la vie ». Saleté de maladie. Il s’en est sorti. Depuis, il aide l’Autre. Profondément humain. Un de ses enfants va à l’université…  (…)

Son destin le voyait devenir roi. Au décès de son papa, il n’en a pas voulu. Trop de responsabilités. Il a demandé à son père de lui envoyer un signe. Il continue à perpétrer la tradition. La Forêt sacrée, c’est chez lui. Le respect, c’est son adage. Le service, sa marque de fabrique. « Il m’en faut peu pour être heureux… » Depuis, le signe serait arrivé…  (…)

Il était mécanicien. Un papa malade et le choix délibéré de s’en occuper à plein temps. Doc de l’âme. Donner sans attendre en retour. Le maigre argent gagné, il le distribue aux autres. Sagesse ? Inconscience ? Qu’importe… Douloureux et encourageants propos à la fois. Ça vous remue les tripes, ça vous soulève le cœur, ça vous fait oublier vos petits soucis…  Et vous savez quoi ? Ils gardent toujours le sourire.

Extrait 3

Le cireur de chaussures

Petite pensée pour les Shegué (ou Chegué ou Shege) qui ne sont pas tous mauvais – Enfants de la rue

Il n’existe de sot métier
d’autant plus qu’il faut manger…
clac, clac, clac…ce bruit résonne,
il ne martèle pas le sol
nous l’entendons arriver
son visage non dévoilé
de cirer tes chaussures, il te propose
de te cirer les pompes, oui, il ose
cirer, nettoyer, briller, magnifier,
lustrer, frotter, c’est son métier
il s’agenouille et tu t’assieds,
il prend ton pied l’air détaché
il est dans le cirage
toi t’es dans les nuages
lorsque vous lui tendez son dû,
non, il ne se fait pas prier,
il vous a juste fait briller
un billet de 500 francs
juste pour un lustre d’enfant
clac, clac, clac…il s’en retourne,
s’en va marcher,
de pas en pas,
fait son marché…
il n’y a pas de sot métier
surtout lorsqu’il faut manger

Ils n’ont pas d’âge, donne une nouvelle vie à vos chaussures pour trois fois rien et n’en ont parfois pas de correctes pour avaler les kilomètres parcourus.

Pour commander les ouvrages, une seule adresse : https://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier-auteur/4628-fabrice-salembier

Retrouvez le concept « Lire l’Afrique » sur https://lirelafrique.wordpress.com

Publicités

1 réponse »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.