Benin

« Lire l’Afrique, à la rencontre d’un auteur : rencontre du 14 juin 2019 1ère partie – Sinibagirwa

Alors que je suis l’initiateur du projet, le nouveau comité a décidé de m’inviter, en tant qu’auteur le 14 juin 2019 pour parler de mes ouvrages au grand public… Il a été décidé de lire quelques extraits et d’en parler ensemble. Voici donc ceux concernant le premier ouvrage intitulé SINIBAGIRWA

Fabrice Salembier, professeur de lettres au Lycée français de Lubumbashi est aussi écrivain à ses heures… Du Rwanda dans les années sombres en passant par le Bénin, le voici en RDC depuis maintenant un peu plus d’un an. 4 ouvrages relatent ses expériences de vie, ses rencontres, ses illusions mais aussi des désillusions…

SINIBAGIRWA

Son premier ouvrage SINBAGIRWA est, selon une plume béninoise renommée (Carmen Toudonou), une geste, à savoir un ensemble de récits…

Il fut une époque où l’homme se figurait tout puissant, être d’exception au cœur d’une terre, elle-même exceptionnelle, toute belle dans sa platitude, centre de l’univers, référence absolue de l’espace-temps. C’était le temps d’une gloriole toute éphémère qu’est venue abolir la découverte de la rotondité de la terre, celle des autres planètes, enfin, celle de l’univers et de son infinité – mais l’univers est-il réellement infini ou est-ce juste l’incapacité des hommes à le sonder jusques à ses confins qui les borne à cette conclusion extravagante somme toute ? Depuis, l’homme sait les atomes, il sait les molécules, et il sait, hélas, qu’à l’échelle de cet univers, il représente moins qu’une poussière de neutron, si la chose se peut concevoir, et dès lors, la réflexion sur la finalité de l’existence de l’homme, sur sa place dans ce que l’on nomme société, vocable regroupant un ensemble diffus fait de la famille, du milieu d’extraction, des autres qui ne sont pas le moi, cette réflexion n’a jamais été aussi cruciale.

C’est dans ce sillage qu’il faut situer Sinibagirwa, cet ouvrage regroupant des notes autobiographiques de Fabrice Salembier. L’on pourrait se borner à voir dans ces lignes, quelques carnets de voyages, quelques récits de tranches de vie, que sous-tendent surtout une belle philosophie de vie de l’auteur, épicurien au sens noble du terme. Mais ce livre est avant tout une réflexion qui pose la problématique de la solitude de l’homme, dans la société, au cœur de l’univers même qu’il n’arrête pas de réinventer dans sa petite machine à penser. Marié ou divorcé, père ou non, enseignant dans une bourgade de son pays ou expatrié, l’homme est avant tout seul. Seul avec les préjugés alentours, seul face aux choix de vie à faire, seul face aux autres, à la rencontre de qui il peut alors opter d’aller ou pas.

 Cette solitude existentielle, qui poursuit l’homme jusque dans le néant, la littérature nous propose plusieurs façons de l’affronter. Nous avons, par exemple, le prototype du héros qui refuse de se sortir de cette solitude, qui refuse donc le moule de la société, qui se rebelle contre, et choisi alors le suicide.

Tel le jeune Werther de Goethe qui n’accepte pas l’échec d’une relation anathème. Il y a également ceux qui, sans même s’en rendre compte, induisent la mort de cet être tant aimé, afin peut-être que cesse le tourment, et que le ronron traditionnel reprenne son cours. C’est le héros sans nom de Le diable au corps de Raymond Radiguet, c’est Armand Duval de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas Fils. Il y a aussi ceux qui choisissent de tuer pour mieux s’anéantir dans une société qui leur déplaît, ainsi que la Thérèse Desqueyroux de François Mauriac. Puis il y a les optimistes de la vie comme Grégoire Nakobomayo de l’African psycho d’Alain Mabanckou, personnages qui révèlent le meilleur d’eux-mêmes alors que les conditions ne les y prédestinent pas, même si la positivité n’est pas toujours autant partagée que le bon sens cartésien. C’est dans cette dernière optique que se situe la geste de Fabrice Salembier, propre héros de son ouvrage, voyageur infatigable, passionné de l’autre, qui aura mis du temps pour se découvrir à lui-même, dans une quête de l’identité, qui l’aura conduit non pas seulement à l’Afrique, mais surtout jusqu’à l’Autre.

EXTRAITS

Extrait 1

Prisonnier de mes souvenirs. Rwanda 94, l’horreur traitée comme fait divers.

23 ans après, le monde se pose encore la question et je fais partie de ce monde. Les Etats se rejettent encore les responsabilités. Comme bien souvent l’économique a pris le dessus sur l’humain. On en a oublié le million de morts. 23 ans après, j’ai encore cette foutue impression de ne pas être là où je devrais être. Un terrible sentiment d’inachevé me torture. « Sinibagirwa », c’est impossible. On ne peut pas rayer une partie de sa vie comme cela si minime soit-elle.

Prisonnier de mes souvenirs, je n’apercevais pas le bout du tunnel. Comment échapper à cela, comment se libérer de ce poids porté depuis trop longtemps ? On m’avait pourtant dit que le temps guérissait les blessures mais les miennes étaient tellement profondes que cela semblait impossible. Trop meurtri dans ma chair, les plaies restaient béantes.

Je devais pourtant sortir de cette bulle, de cet isolement. Je me devais de libérer ma pensée, de briser les chaînes qui m’attachaient au passé.

Je me retrouvais seul, absolument seul… Prisonnier d’une solitude qui ne sied pas à l’homme parce qu’elle n’est pas souhaitée…  Les responsables ? Sans doute moi, la méchanceté gratuite, la jalousie, l’envie, … et les autres. Sartre a écrit « L’enfer, c’est les autres »… Nos rapports aux autres seraient donc viciés dès le départ ? Je n’étais pas loin de le penser…  Dans notre société dite moderne – mais est-ce vraiment l’apanage de ladite société -, nul ne veut être tenu responsable de ce qui lui arrive mais moi, qu’y pouvais-je vraiment ? Il s’est propagé à la vitesse d’un tsunami, imperceptible au large mais tellement destructeur en vue de sa proie…Que devais-je faire, comment devais-je réagir face à ce fléau ? Je me suis défendu alors même qu’il était trop tard, je me suis battu, avec mes faibles armes, mais il a eu raison de moi. Il ne me restait plus qu’à tenter de reprendre pied, me reconstruire tout en faisant le deuil d’une vie passée, révolue. Me reconstruire par le deuil, voilà une bien singulière situation.

Extrait 2

En un temps révolu, j’ai eu ce sentiment profond d’avoir manqué d’un essentiel : rencontrer l’autre pour mieux le comprendre, rencontrer l’autre pour apprendre, rencontrer l’autre pour s’épanouir, grandir encore et encore.

J’ai tenté l’expérience dans une précédente vie et j’en ai été déçu. Cette culture qui était mienne me donnait du fil à retordre, j’avais de plus en plus de mal à la comprendre, à l’accepter alors qu’en son temps, jamais je n’avais eu à y réfléchir. Le premier changement de continent en fut le premier responsable, la rencontre d’une culture parfois aux antipodes de la mienne, le second. Un choc.

De retour sur le continent africain, mes racines allaient se ressourcer à une autre terre, plus fertile au développement, plus riche en simplicité, en valeurs. S’intégrer, mettre au placard une partie de cet occidentalisme qui me semblait un frein à mon développement nouveau et faire place à une inclusion nécessaire à une meilleure compréhension.

Je me suis donc mis en quête du comment faire, du comment ; une véritable équation à plusieurs inconnues. C’était sans compter sur ma capacité d’adaptation malgré des relations de travail m’imposant d’être entre deux eaux. Je n’avais cependant pas le choix, je devais m’en accommoder tout en tentant d’expliquer ma nouvelle culture à l’ancienne.

Mes premières tentatives furent fébriles, menant aux quiproquos, parfois à l’incompréhension. Je pris alors le pli de ne plus tenter de faire comprendre le sud au nord et de me concentrer dans ce que je pensais être « mieux » : rencontrer l’autre, tenter de combler ce manque et d’écrire les prémices de ma nouvelle vie.

J’apprends

S’adapter, se caméléoniser – j’avoue avoir inventé le mot pour la circonstance -, apprendre sont les mamelles de la vie en société. De mon point de vue en tout cas. J’apprends de l’Afrique, j’apprends du Bénin comme j’ai appris du Rwanda et croyez-moi ce continent à beaucoup à nous apprendre. Je ne fais pas dans le paternalisme ni dans la culpabilité qui pèserait sur mes origines. Non, je parle vrai, le langage du cœur.

J’apprends la vie, je me réapproprie le sens de la famille qui était nôtre il y a bien longtemps en Europe, j’apprends une nouvelle langue française à défaut des langues du pays. Je n’ai jamais été doué en langues étrangères. La richesse des langues françaises me suffit.

Tout n’est pas rose, tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Tout, l’ensemble. Nous sommes tous différents et c’est en cela que réside notre richesse.

J’apprends, je réapprends à sortir du cadre, à oser, à oser prendre d’autres voies, explorer d’autres choses. Rencontrer l’Autre, c’est aussi de développer et s’ouvrir, c’est découvrir l’inconnu, c’est faire éclore le grain de folie qui est en chacun d’entre nous. Je me répète. Oui. Je me répète encore et encore.

Ce n’est certes pas sans risques mais cela en vaut la peine ; je le sais, je le fais tous les jours. Suis-je fou ? Oui. Une folie douce, enivrante.

Je vois

Je vois l’Humain manquer d’eau, de nourriture, de soins, … Je vois l’Humain se battre contre l’Humain, contre lui-même. Je vois l’Humain mourir de l’Humain. Je vois l’Humain souffrir dans son âme, dans sa chair. Je vois l’Humain manquer d’Humanité.

Je vois aussi l’Humain croire en un monde meilleur. Je vois l’Humain aider l’Humain. Je vois l’Humain se soucier de l’Humain. Je vois l’Humain dans tout ce qu’il y a de bon en lui.

Je vois l’Homo sapiens sapiens, une et une seule race, un seul sang. Je vois l’Humain pleurer, sourire, rire, tendre la main. Je vois l’Humain …humain.

Nous ne sommes qu’un avec nos envies, nos difficultés, nos malheurs, nos bonheurs. Nous sommes nés bons, vierges de tout … Nous ne sommes qu’un grain de sable mais nous ne faisons qu’UN, … UNi… UNIté… N’est-ce pas dans ce concept que la solution se trouve ?

J’observe

Si observer permet de répondre parfois aux pourquoi, comment sans pour autant juger, cela vous permet aussi de vous évader, de créer, d’imaginer. Pour ma part en tout cas…

Observer une maman, sur le bord de la route, en train de placer son étal et imaginer le reste de sa journée. Observer un chien qui, chaque jour, cherche un coin d’ombre sous votre voiture et qui, lorsque vous vous approchez, quitte, non sans tristesse dans le regard, son abri momentané. Observer un enfant jongler avec une balle de tennis et l’imaginer devenir la star de foot du futur, observer un oiseau faire des allers-retours vers son nid et l’imaginer raconter une histoire à ses enfants avant qu’ils ne s’endorment, observer le soleil qui a rendez-vous avec la lune et tenter d’imaginer une suite aux paroles de Charles Trenet, observer, observer…

Oui l’imagination peut prendre de la hauteur, des couleurs mais elle reste, à la base, le fruit d’un moment réel que nous embellissons ou pas à notre manière selon nos humeurs.

Je vous invite donc à observer, à garder l’œil ouvert parce que, malgré un pessimisme ambiant, l’œil nous offre parfois de bien belles surprises. Je vous invite aussi à croire…

Je crois

D’abord croire en vous, ensuite croire en l’autre. En Afrique, les croyances sont profondes. On s’en remet à Dieu (ou à tout autre nom qu’on lui donne). Dieu est amour, Dieu est pardon, Dieu est… Mais là où je crie mon désespoir, là où je crie à l’escroquerie, c’est quand certains personnages osent profiter des croyances pour se faire, ce que nous appelons plus communément nous les occidentaux, du blé. Le phénomène existe également aux Etats-Unis, je m’empresse de le dire.

Postface

Il est des destins impénétrables comme des chemins tortueux au cœur d’une épaisse forêt. Ils sont beaux autant que mystérieux, et laissent à la vie une couleur différente de celles que nous propose l’arc-en-ciel. C’est cela, Sinibagirwa : itinéraire quasi initiatique d’un citoyen du monde qui pose un pas après l’autre vers la seule destination que j’envierai toujours, celle de la connaissance. Connaissance-culture, qui fait mourir l’égo pour faire une place à l’autre.

 ‘‘On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher». J’irai plus loin que la voix reposante de Maxime Leforestier et je dirai qu’on ne choisit évidemment pas les rues de Bruxelles, de Cotonou ou de Kigali pour apprendre à rêver, ni la côte atlantique niveau Ouidah , pour apprendre à aimer.

Non, «Un bout de terre n’a jamais fait chez soi (…)», s’émouvait Corneille après avoir trouvé à Berlin puis à Montréal un «nouveau sens à la patrie». Car intégrer que le soleil est unique et que la terre est ronde est le pas le plus significatif vers le statut d’être social. Nous devons apprendre l’humanisme de cet Européen de pure lignée qui découvre, s’approprie et exalte le charme délicat de sociétés noires malgré les stéréotypes insidieusement répandus à travers le monde.

Sinibagirwa est comme un hymne, une chanson qui appelle l’oreille puis le regard sur un paradis trop diabolisé : l’Afrique. Il n’y a à lire dans ce livre ni la froide condescendance de l’ethnologue ni la douce ironie du romancier. Ici point de malice. Il s’agit d’une voix claire qui témoigne avec sincérité que la vie, l’argent, les amis, les roses et bien entendu l’amour, sont partout où s’ouvrent des yeux, où vibrent des poitrines, où chantent des bouches. Sur ces petites dizaines de pages farceuses, on s’amuse, on pleure et on voudrait enfin fredonner comme Michael Jackson : «Thinking of being my brother, it’s no matter if you’re  black or white»*. Yovo yovo bonsoir ! Habib Dakpogan

*Pour être mon frère, peu m’importe que tu sois Noir ou Blanc

Pour commander les ouvrages, une seule adresse : https://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier-auteur/4628-fabrice-salembier

Retrouvez le concept « Lire l’Afrique » sur https://lirelafrique.wordpress.com

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