On refait l'histoire

Une bien triste soirée…

Je les observe depuis des lunes, je scrute leurs actes, j’entends leurs paroles et me pose des questions. Cela fait des siècles que cela dure. Je ne les comprendrai jamais sans doute.

En cette sinistre soirée, j’ai surpris l’une de leurs conversations. Une femme et un homme discutant autour d’une grande table avec sans doute plus de viande que de pain et moins d’eau que de vin dans leur quotidien. Ça parlait Shoah, esclavage,…En feuilletant le grand livre de l’Homme, je compris qu’il s’agissait de Franz-Olivier Giesbert, prince mondain de la connivence tranquille et Christine Angot, reine d’une émission à polémiques. Je sursaute au moment du “l’idée c’était qu’ils soient en pleine forme, en bonne santé pour pouvoir les vendre et pour qu’ils soient commercialisables” et à l’acquiescement du…prince. Je me pince, ai-je bien entendu ?

Avec mon ressenti je continue à chercher, mon regard fini par s’arrêter sur l’Afrique. Une jeune fille travaille dans un champ matin, midi et soir. Ses habitudes ne changent pas : la rivière, le champ et enfin la maison.  Un jour un homme blanc est arrivé dans le village… Il fut suivi par d’autres, le calvaire a commencé…

Boyer Peyreleau décrit vers 1823 un navire négrier

«Qu’on se figure des êtres humains entassés comme des ballots de marchandises dans des compartiments qu’ une cupidité barbare leur a ménagés avec parcimonie, où ils ne respirent qu’un air méphitique qui les tue (…) Ces malheureux, la plupart décharnés et accroupis comme des brutes, soutiennent à peine leur tête où l’on ne découvre presque plus d’ expression ; de jeune femmes de 15 à 16 ans exténuées de besoin et de misère, tiennent des enfants à leurs mamelles déjà pendantes et desséchées. L’horreur de ce tableau est encore accrue par les maladies que l’insalubrité et les privations ont produites. Le quart plus ou moins de la cargaison est ordinairement « moissonné » pendant la traversée et ceux qui survivent paraissent insensibles à la mort de leurs compagnons, le même sort les attend d’un instant à l’autre (…) »

Je ne peux toujours pas imaginer que des hommes qui se disent civilisés et chrétiens se rendent ainsi de sang-froid les bourreaux d’autres hommes dont tout le tort envers eux est d’être nés sous d’autres cieux et d’être d’une couleur différente !

(…) Des instructions précises étaient données aux chirurgiens chargés de l’examen des captifs: «point de vieux à peau ridée, testicules pendantes et ratatinées. Point de grands nègres efflanqués, poitrine étroite, yeux égarés, air imbécile qui annoncent des dispositions à l’épilepsie». Les négresses devaient avoir les seins debouts et c’était une bonne affaire d’acheter une esclave enceinte. Le chirurgien devait même, à l’exemple des Portugais, lécher la peau des captifs pour déceler éventuellement certaines maladies.

Une fois les esclaves sélectionnés, on embarquait les provisions à l’usage des captifs (celles de l’équipage et des officiers sont à bord dès le départ) soit vingt-deux tonnes de fèves, une barrique de riz avec du maïs, du piment, de l’huile d’olive, du manioc, des bananes. Puis, on procédait à l’embarquement des esclaves : l’entassement à bord était la règle pour rentabiliser au maximum la traversée. Selon Morénas, «c’est moins d’espace qu’un homme mort n’en occupe dans un cercueil. Il y en a beaucoup où ils sont obligés de rester sur les côtés repliés sur eux sans pouvoir s’étendre».

Jacques Savary, dans «Le parfait négociant» recommandait de faire danser les nègres et de les tenir gais tout au long du chemin car «l’exercice assouplit les membres, éloigne le scorbut et l’ennui et le chant donne la gaieté, vrai baume de santé». On emportait donc des tambours à bord. Il fallait aussi les occuper, on leur donnait donc à tresser des paniers, des sandales et enfiler des perles de couleur…

En 1801, un officier de santé à bord décrit une escale

«Deux bâtiments négriers que nous trouvâmes à l’île du Prince avaient mis leur cargaison à terre pour les rafraîchir. Jamais l’humanité souffrante ne présenta un tableau plus affreux que les femmes avec leurs enfants à la mamelle, les jeunes filles de quinze à dix-huit ans, et les jeunes nègres qui les accompagnaient, tous ressemblaient à des squelettes ambulants recouverts d’une peau hideuse et ridée. Les seins des nourrices étaient des peaux amincies qui pendaient sur leurs poitrines comme des bourses vides. Ceux des jeunes filles qui n’offraient aux regards que la nudité la plus dégoûtante, étaient collés sur leur poitrine comme des peaux flétries à travers lesquelles on comptait les côtes. Les enfants à la mamelle étaient dans un état de maigreur telle et leur décharnement était si grand que l’on ne concevait pas comment ils vivaient encore ! Je me trouvai à une distribution d’aliments faite à ces malheureux esclaves pour leur souper. Je me rappelle que les portions d’une nourrice d’environ trente ans fut deux épis de maïs verts à demi formés».

J’aurais mieux fait « d’aller me coucher » plutôt que d’écouter ces sombres personnages et leurs discours erronés et méprisants !

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