Etats d'âme

La journée d’un p’tit belge donnant cours de français dans un établissement français en République démocratique du Congo et ce n’est pas l’histoire de Tintin au Congo; pas d’amalgame, merci !

6h20, heure locale, il fait froid, nous sommes en période sèche. Oui, oui, il fait froid à Lubumbashi en République démocratique du Congo, pays d’Afrique, faut-il le préciser. A force d’entendre que l’Afrique est un beau pays, ce court préambule me paraît nécessaire.

Il est 6h20, « Lubumbashi s’éveille » et moi aussi. Une douche chaude parce qu’il fait froid, j’insiste, un café chaud aussi parce que froid c’est imbuvable, j’enfile des vêtements sans entrer dans des détails inutiles, je goinfre mon cartable de connaissances papiers histoire d’éviter les embouteillages au niveau du cervelet et me voici fin prêt.

Je saute mollusquement dans mon véhicule – mot inventé pour la cause et reflétant ainsi le fait que je ne suis pas bien réveillé – j’allume le moteur et instantanément le portail s’ouvre. Portail semi-automatique géré de main de maître non pas par une télécommande mais bien par un employé de maison efficace dans bien d’autres domaines, je le précise.

Premier embranchement passé à coups de klaxon en veillant à faire attention aux casse-vitesses ou casse-véhicule – tout dépend du point de vue -, slalom entre les personnes qui ne comprennent toujours pas que les accotements sont faits pour eux, dépassements par la droite, par la gauche, un coucou aux policiers qui vous font signe de vous arrêter – ce que vous faites semblant de ne pas comprendre – re-coup de klaxon pour signaler votre présence aux abords du carrefour et pour annoncer votre arrivée dans l’enceinte de l’établissement. Ajoutez à cela quelques paroles en lingala ou en swahili – sans doute pour vous dire bonjour ou vous envoyer promener – et vous aurez le détail d’un trajet somme toute banal.

Je passe par le secrétariat pour demander les nouvelles fraîches du jour – oui, je sais j’ai déjà signalé qu’il faisait froid – puis je me faufile derrière les bâtiments pour y griller une cigarette. Pas bien, je sais.

Les élèves arrivent au compte-gouttes, les collègues aussi. Salutations d’usage dans la salle des profs.

Le cours commence toujours par une blague pourrie, je me demande d’ailleurs qui a bien pu leur inculquer cela… Aujourd’hui, dans la série altérité, on va parler de cannibales, de barbares, d’essais, de Montaigne, Cyrano, de Bougainville, Bouvier et j’en passe. Et ça discute, ça échange, ça conspue, ça dénonce, ça nous fait un cours enrichissant même si cela peut paraître parfois barbant. Nous sommes au cours de français dans une classe supérieure. Le compte-rendu du match de foot de la veille c’est pour l’intercours parce que Victor Hugo n’est pas le dernier transfert du Real !

2 heures à littérer – j’invente encore – pendant lesquelles je n’oublie pas de ramasser les copies du dernier devoir. Copies sur lesquelles je couche parfois une remarque du type « lis tes ratures » – mais qui a déteint sur moi ? – parce que l’orthographe est une matière déroutante qui a du mal à être ingurgitée au petit déjeuner notamment. Les « M’sieur » fusent comme les « j’comprends rien » qui tiltent pourtant quelques minutes plus tard. La magie des (jeux de) mots opèrent même si le niveau est au ras des pâquerettes que je ne vois pas ici. C’est du Salembier tout craché. Soit.

Les figures de style sont aussi analysées et certaines dans la classe sont déconfites ; elles demandent des précisions. « Allez gorille » et pas dans la brume quoi que. Je disjoncte, c’est peu fin pour ne pas dire c’est gros. Allégorie au demeurant à la manière du Roman de la Rose, de l’amour à gogo… Oui, je les aime bien ces élèves.

Les cinq dernières minutes sont consacrées non pas à la découverte de l’énigme mais bien à une discussion sur tout et même parfois sur rien. Ça détend. Le cours se termine, la matière est notée comme les absences d’ailleurs, parfois dans le désordre. Un petit tour à la photocopieuse parce que la préparation fait partie aussi du cours et hop, le retour à la maison est programmé. Inutile de vous répéter le trajet, il est sensiblement le même que celui décrit auparavant.

C’est pas tout ça mais le prochain cours, c’est dans deux heures…

#Bisesauchat #LemondedeFa

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