Etats d'âme

« Les belges, nos ancêtres », Junior, taximen congolais

Au détour d’une promenade, une rencontre qui vous remue les tripes (tranche de vie)

Une marche sous le soleil qui se termine autour d’un verre : on échange, on discute. Jusque-là, rien d’exceptionnel. Un homme s’approche, nous salue, se présente. Il semble quelque peu « joyeux », c’est son jour de repos « parce qu’ici il n’y a pas de congé ». Junior, taximen congolais, nous demande alors si nous pouvons lui offrir un verre. Je suis belge, il se montre plus aimable encore et me lance un vibrant « les belges nos ancêtres » qui m’arrache un léger sourire. Une fois sa boisson servie, il se lance dans un monologue au français congolais assaisonné de swahili. Je ne comprends pas tout mais il égratigne les américains, les français et encense les belges « qui nous ont appris à parler, travailler,… ». Autour de nous les gens qui le connaissent sourient tout en étant surpris de voir que je l’écoute et que je ne le renvoie pas à ses chères études. Plus il avance dans ses propos, plus je m’interroge. Ce que je vais entendre au fil des échanges va être plus surprenant encore quoique le terme surprenant ne soit pas celui que je devrais utiliser. Un mélange d’étonnement, de mal être, de gêne, de …

« Pour que l’on travaille, ils nous fouettaient, cela nous apprenait à être des gens bien, nous qui étions des sauvages… ». Sur le moment, je ne sais si c’est l’effet de l’alcool qui lui délie la langue et qui lui embrouille l’esprit mais la suite me fait comprendre qu’il est sincère. « J’appelle mes parents les belges, ils ont vécu la colonisation et ses bienfaits (…), vous les belges, vous êtes bons avec nous, je suis fier de vous avoir comme ami » – nous ne nous connaissons pourtant pas -. Une seconde tournée d’alcool local, il se racle la gorge et poursuit. « C’est grâce à vous que nous parlons le français, que nous sommes éduqués… »… Bref, tout est bon chez le belge… Il m’est difficile de vous définir ce moment de vie tant je suis encore sous le coup de cette conversation surréaliste, sans doute le mot juste pour moi.

« Pour que l’on travaille, le chef blanc, alors qu’il devait s’absenter, nous laissait ses lunettes sur une table, un bureau nous disant qu’il nous voyait avec ses yeux-là… et que le fouet nous attendait en cas de mauvaises prestations (…) Précisa-t-il fier de cet état ! Une autre personne, présente quelques mètres plus loin, nous expliqua alors que cette « croyance » se poursuivait encore sous une forme plus moderne à savoir le placement d’une caméra – même non connectée – suffisant à inciter au travail.

Le fouet, triste illustre précurseur de la chicotte qui sévit encore et toujours… Héritage peu glorieux d’une sombre histoire belge pensais-je. Mais comment, d’un côté être fier d’avoir été battus, frappés par ses « ancêtres belges » et de l’autre, être « retourné » par l’abus qui a pu exister en ces moments-là… Comment un congolais – voire plusieurs – peuvent être fiers d’avoir vécu sous le joug de la Belgique et un belge – voire plusieurs également – être « honteux » d’un passé d’esclavagisme.

Choc de cultures, de pensées… Une rencontre qui m’a remué les tripes…

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