Etats d'âme

De la littérature française vers la littérature francophone : une (r)évolution nécessaire ?

De la littérature française vers la littérature francophone : une (r)évolution nécessaire ?

Depuis une trentaine d’années, la « littérature francophone » tend progressivement à trouver une véritable place dans un espace géographique tendant à la mondialisation. De manière générale, c’est l’histoire littéraire globale qui est favorisée.

Alors qu’on suggère toujours et encore l’apprentissage de la littérature française, ne serait-il pas temps d’élargir le « territoire » de cette dernière en lui accolant dès lors l’étiquette « francophone » ? N’est-il pas révolu le temps de l’exception alors que l’accès au monde nous est accordé via les évolutions technologiques ? La langue française n’est-elle pas une langue vivante qui s’est, pendant de nombreuses années, expatriée également ? Pourquoi dès lors se contenter d’étudier la littérature exclusivement française ?

Le philosophe Souleymane Bachir Diagne, professeur de français à l’Université de Columbia (New-York) est d’ailleurs favorable à une transgression de la langue française académique.

« Oui, car le français est une langue vivante. Elle est par nature appelée à subir des transformations et des formes d’hybridations. Par exemple, en Côte d’ivoire, s’est développé « un français ivoirien » qui a sa saveur et son sel. Beaucoup d’artistes et écrivains ivoiriens jouent de ces transformations pour s’exprimer.

Néanmoins, cela va au-delà d’introduire de simple mots dans la langue française. Au Sénégal, pour nommer une station à essence, on disait « essencerie ». Ce mot n’existant pas dans la langue française, Léopold Sédar Senghor l’a fait adopter par l’Académie française quand il y siégeait ! »

Le français a été introduit en Afrique par la colonisation au XIXe siècle : elle devrait y coexister avec les langues africaines car celles-ci donnent vie à une création artistique très variée, elles sont aussi l’expression traditionnelle des cultures qui s’intègre à la modernité par la chanson, le théâtre, le cinéma et des formes écrites. Hélas, le français, de par sa crainte de l’hégémonie de la langue anglaise et plus récemment du chinois, a toujours « écrasé » les langues « premières »…

Si des Africains ont écrit en français dès les premiers contacts entre l’Afrique et l’Europe, et c’est au XXe siècle que naît véritablement la littérature africaine de langue française.

Même si logiquement le roman africain  a pris la suite du roman colonial, il en a gardé, du moins au début, l’esprit. Pour beaucoup de romanciers, il fallait décrire l’Afrique de l’intérieur, témoigner de sa misère coloniale ou ses grandeurs précoloniales, ce qui n’est pas allé sans susciter beaucoup de débats sur la mission de l’écrivain africain.

Par littératures francophones, j’entends les littératures en français dans les régions où la langue de Molière vit avec au moins une autre langue, avec au moins une autre littérature. « Mais la diversité des situations géographiques et historiques a créé une hétérogénéité des statuts linguistiques et culturels de façon que chaque région francophone se présente comme un cas particulier exprimant une culture spécifique. Mais comme elles ont en commun l’usage du français comme moyen d’écriture, toutes les situations francophones participent, toutes proportions gardées, du même projet culturel. » Josias Semujanga, professeur agrégé au département d’études françaises de l’Université de Montréal où il enseigne la littérature francophone et la théorie littéraire.

Le projet culturel, là est le thème commun…

« Les littératures francophones n’ont plus à être justifiées ni auprès des étudiants ni auprès des responsables du département, de facultés ou des programmes. La connaissance de ces littératures apparaît de plus en plus comme un élément nécessaire à une bonne formation dans le contexte de mondialisation que nous connaissons et le contexte immédiatement accessible est l’espace francophone. L’enseignement des littératures francophones implique une vision inclusive des textes en français, c’est-à-dire qui dépasse le cloisonnement géographique » précisait déjà Josias Semujanga en 2004.

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