Etats d'âme

« Ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai »

Ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai.

J’avais envie d’écrire que la maladie dont souffre l’être humain a été soulevée il y a un certain temps déjà et que bon nombre d’élu.e.s et autres journaux à (triste) sensation la répandent encore allégrement pour expliquer ce que je voyais dans la phrase « Ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai ! » mais il m’apparaît, après une réflexion encore bien confuse, qu’elle requiert une analyse que je suis bien incapable de réaliser. Incapable, je le pense mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille lâcher prise, abandonner. Je m’y suis donc essayé.

Cette phrase, lâchée par celui qui a été qualifié de  traître par excellence ou de « diable boiteux », à savoir Talleyrand, et reprise bien souvent pas des analystes politiques en France principalement, montre à quel point, et plus encore de nos jours, croire un fait, une parole passe avant la vérité. Question d’immédiateté sans doute. Dans une société qui ne cesse d’évoluer – pas toujours en bien – à une vitesse grand V, nous n’avons plus le temps – ou l’envie ? – de chercher la vérité en toutes choses, on préfère croire, on privilégie le « on m’a dit que… », « J’ai entendu dire que… ».

croireSi à une époque il était de bon ton de laisser croire les béguines ou les nonnettes –  « I fât lèye creûre les bèguines » – en fonction de notre nationalité, il semble que le cercle des « croyants » s’est élargi à une grande frange de la population. Elargissement ? Je ne sais trop. Ce cercle se serait-il agrandi ou est-ce juste la perception qui nous en est donnée par la multiplication des moyens de communication ? Je reste perplexe à ce sujet. D’une part parce qu’à une certaine époque, on ne pouvait se fier qu’à ce que l’on entendait dire et qu’il était très difficile de vérifier les sources, d’autre part parce qu’actuellement, nous disposons d’un tas de moyens pour le faire et nous ne prenons pas la peine de le faire. Alors quid ? Ne prenons-nous pas la peine de le faire ou en sommes-nous incapables ? J’en deviens brouillon, je le reconnais. Tout cela est bien confus et le philosophe que je ne suis pas aurait tendance à croire ce qu’on lui dit. Paradoxal n’est-il pas ?

Plus sérieusement, n’est-il pas grand temps de se réapproprier le développement de l’esprit critique.

L’esprit critique implique la libre-pensée – le fait de penser par soi-même -, le doute et surtout le libre examen rationnel des idées, des choses et des faits, en évitant les préjugés, la dictature de l’opinion, les affirmations gratuites. L’esprit critique n’est pas le scepticisme, c’est un esprit vivant et une forme d’activité essentielle de la vie de l’esprit.

Descartes, dans son discours de la méthode, n’en dit pas moins en parlant du bon sens, faut-il encore l’utiliser correctement. Quant à Fontenelle dans l’histoire des Oracles (1686), il nous explique qu’esprit critique et érudition sont deux choses différentes. Il n’est donc pas question de se dire que certains ne sont pas capables d’esprit critique mais bien de se dire qu’il serait, comme déjà dit, nécessaire d’apporter de la méthode au plus grand nombre et à notre jeunesse.

Certains organismes, certains enseignants et quelques journalistes même font de la lutte contre les fake news, appelées aussi infox, leur cheval de bataille mais cela est encore insuffisant ! Cela me semblerait sans doute plus opportun que d’apprendre à laver le sol et utiliser un presse-purée au sein de l’enseignement, non ?

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