Etats d'âme

Léopold II, parlons-en

Nous sommes à Londres Lorsque Sir Charles Dyke déclare aux Communes que « nulle part au cours des temps modernes on n’avait connu des horreurs comparables ». Léopold II accepte alors, quelque peu forcé, d’envoyer une commission d’enquête belge. Durant quatre mois et demi, Henri Gregoire, Edmond Janssens, Victor Denyn et leurs compagnons remontent le fleuve, recueillent des centaines de témoignages de missionnaires, d’agents des compagnies. Ils étaient partis pour défendre l’œuvre du Roi mais au retour, ils confirment toutes les critiques, et l’avocat Félicien Cattier rend son verdict : « l’Etat du Congo n’est point un Etat colonisé, à peine un Etat : c’est une entreprise financière… La « colonie » n’a été administrée ni dans l’intérêt des indigènes, ni même dans l’intérêt économique de la Belgique : procurer au Roi-Souverain un maximum de ressources, tel a été le ressort… ».

Il n’y a aucune équivoque sur ce point de l’Histoire.

Les puissances de l’époque réclament alors l’annexion du Congo.

En 1908, Vandervelde, qui a lui aussi enquêté sur place, signale ceci : « Ce qu’il faut attribuer aux indigènes, ce sont les droits de l’homme, le droit de travailler si cela leur plaît, le droit de cultiver et de vendre à leur profit les produits du sol. Actuellement on ramasse les gens dans la brousse et on les ramène enchaînés au travail. On donne aux indigènes de vagues objets, tel un petit morceau de savon d’un sou qui paye un kilo de caoutchouc, ou un petit couteau ébréché…».

Les législateurs, Jules Renkin entre autres, plaident pour une séparation des patrimoines : « l’actif et le passif de la colonie et de la mère patrie doivent demeurés séparés ». Tout cela sera consigné dans la Charte coloniale qui prévoit que le Congo sera dirigé par un gouverneur général assisté par un organe consultatif, le « Conseil colonial ».

C’est après 1908 que la Belgique s’occupe d’abolir et à faire oublier les abus les plus flagrants du système royal de Léopold II, la prédation est remplacée par la « mise en valeur » de la colonie : les réquisitions de travailleurs deviennent des prestations de travail obligatoire (portage, construction de routes, cultures dites «éducatives ») et les Congolais, de gré ou de force, seront obligés d’entrer dans l’économie mondialisée où, depuis plus d’un siècle, ils occupent une place de choix, produisant chaque fois ce que réclame l’économie mondiale : après le caoutchouc des premières automobiles viendra le cuivre des fusils et des blindés durant la première guerre, l’uranium durant la deuxième, puis le cobalt, l’or, le diamant et de nos jours, le colombo tantalite et la cassitérite….

1908 – 2018, si loin et si proche à la fois…

Il ne faut donc pas mélanger les faits de cette histoire ni la nuancer. Les faits sont là, tristement concrets dans le chef de Léopold II… Le peuple belge sous Léopold II ne voulait pas de territoires supplémentaires, il voulait rester neutre…. Lorsque Léopold II a laissé le Congo à l’Etat, ce dernier a tenté de faire de son mieux ( quoi que?) pour changer les choses… Il y a bel et bien deux moments distincts : le Congo sous Léopold II et le Congo sous tutelle de l’Etat belge…

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