Etats d'âme

Mon bébé, mon chéri…toi, le blanc

Il était las, usé par le temps, assis sur le perron de sa demeure le regard vide, les yeux éteints par l’incompréhension. Du moins, c’est ce qu’il laissait paraître. Il n’entendit pas les salutations du gardien ni le chant des oiseaux. Rien. Il se leva lentement et rentra dans la maison.

Que s’était-il donc passé ?

Une rencontre, un amour naissant lui avait laissé entrevoir une possible nouvelle vie de couple. Elle l’appelait tantôt chéri, tantôt bébé montrant une attention, une affection dont il n’avait plus souvenir. Il s’était pourtant juré qu’on ne l’y reprendrait plus mais cette promesse qu’il s’était faite avait pris un chemin tout autre, son cœur s’ouvrant à nouveau à la vie malgré une méfiance encore apparente. Une présence, il en ressentait le besoin, laissant le temps au temps, souhaitant que l’amour prenne le pas sur ses réserves, espérant un partage, une confiance, une sincérité malgré la différence d’âge, malgré un conflit de culture.

Les premières semaines furent merveilleuses, aveuglé qu’il était par un amour qu’il pensait partagé. Il se sentait mieux se disant que le hasard avait bien fait les choses, qu’il pouvait baisser sa garde. Il lui avait ouvert son cœur, parlé de sa situation, de sa famille, de ses rêves malgré son âge. Elle avait souri, parlé elle aussi de sa famille, de ses attentes, du futur. Rien ne semblait devoir empêcher une belle histoire. « On » les avait cependant prévenus tous les deux que ce ne serait pas chose aisée, certains même avaient émis de grandes réserves en essayant, à leur manière, d’éteindre l’un ou l’autre : une manière d’exprimer une forme de jalousie par des propos dévalorisants.  Les deux tourtereaux n’en avaient cure. C’est en tout cas ce que lui pensait.

Lorsque les demandes de la belle furent de plus en plus régulières, il se remit à douter tout en s’abstenant cependant de réagir ; il connaissait quelque peu la culture de sa moitié et voulait rester dans cet esprit mais les choses prirent une autre tournure les jours passants. A maintes reprises et avec beaucoup de précautions afin de ne pas la brusquer, il lui expliqua que ces demandes, devenues exigences, ne pouvaient trouver réponses favorables, il lui répéta encore et encore sa vision du futur, celle qu’elle avait accepté auparavant.

Vint alors le temps des mensonges, de leurs découvertes et des complications. Le coup de massue, la violente claque au visage : il se sentit vide, abusé, redevenu naïf. Manipulations, menaces, agressions, pardons jouèrent tout à tour dans la même pièce. Il ne s’exprimera pas davantage sur le sujet voulant, malgré tout, laisser une chance à celle dont il pensait être aimé.

De bébé, chéri à blanc, il s’est retrouvé de l’autre côté, de la lumière à l’ombre. Il a cru à un amour sincère, elle n’y voyait qu’un avenir – mais faut-il réellement lui jeter la pierre – financier pour elle et sa famille. Au vu et su de la complexité des rapports humains fussent-ils entre gens de couleurs, nous étions tout de même dans un thriller dont la trame n’était qu’un braquage de porte-monnaie !

Il n’était qu’un blanc synonyme d’aubaine, d’opportunité d’évolution de rang social et …portefeuille pour toute la famille.

Il est retourné sur son perron, a dit bonjour au gardien qu’il avait ignoré. Une esquisse de sourire éclairait à nouveau son visage le rendant plus aimable. On pouvait y voir le retour de l’espoir…

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