Portraits d'Afrique

On a lu pour vous, « Il pleut sur la ville », Edna Maruska Merey Apinda, auteure gabonaise

Un petit tour au Gabon….

Extrait de « Il pleut sur la ville », nouvelle d’Edna Maruska Merey Apinda

« Il pleut sur Port-Gentil ce soir. Par la fenêtre de ma chambre, je regarde les gouttes de pluie venir lamentablement mourir sur le sol. Je souris en pensant à ce que je ferais si j’étais encore enfant. Je serais en train de danser sous la pluie, comme une petite folle, sans prêter attention aux injonctions de ma mère qui, folle de rage, finirait par venir me tirer de là en hurlant à la punition la plus terrible. Mais aujourd’hui j’ai 25 ans et la pluie est bien froide. Le ciel semble aussi triste que moi. Il déverse sa rage avec beaucoup de force. Je me demande alors de quel chagrin il peut bien souffrir. Plus je le regarde, plus je me dis qu’il s’est emparé de mon deuil et l’a fait sien. Les larmes comme un fil infini, enveniment mon visage et laissent mes yeux orphelins.
Cinq jours ont déjà passé. Pourtant il me semble que c’était il y a une minute que je quittais Ludovic en lui disant : « A tout à l’heure, mon cœur. Je t’aime. » Ludovic. La douleur du départ est toujours palpable. Mon cœur bat à tout rompre dès que me reviennent en mémoire les circonstances de son départ. Autant vous dire, qu’en le voyant la première fois, je nous voyais être encore ensemble et amoureux dans dix mille ans. Qu’y peut-on ? La vie décide. Elle nous assemble ou nous sépare à sa guise.
La pluie dehors chante un refrain de tous les diables. Du coup, ma tête se met à bourdonner. Il faut que je m’asseye. Dieu comme je me sens mal ! Si je me confiais à vous, pensez vous que je me sentirais mieux après ?
J’arpentais le hall de l’aéroport de Roissy, il y a deux ans. Je rentrais de vacances avec deux amis, Carmelita et Christ. Ces derniers m’avaient invitée à passer deux semaines dans leur famille à Porto-Novo. Le séjour avait été fort agréable et je rentrais avec la tête pleine de souvenirs à raconter plus tard à mes enfants. Carmelita se plaignait. Elle aurait aimé rester quelques jours encore. D’autant que derrière nous, nous laissions le soleil pour venir affronter le froid parisien. Son frère Christ était plutôt heureux de rentrer. Linda sa fiancée l’attendait avec impatience. Je riais de voir le frère et la sœur se taquiner et, distraite, je finis par bousculer la personne qui était devant moi. C’était un homme qui se retourna vert de rage. Je crois que ce fut mon regard contrit qui le fit passer de la colère à un agréable : « Vous auriez pu vous faire très mal ! » Il sourit. Je restai bêtement hypnotisée par les belles lèvres qui reflétaient la bonhomie de ce jeune homme.
– Étant donné que vous m’êtes redevable, puis-je savoir votre prénom ?
Je restai là, bête, sans voix. Sa voix…
– Cette charmante jeune fille se prénomme Anissa et n’ayez crainte, elle n’a pas perdu sa langue. Elle est sûrement sous le charme, fit Carmelita que je promettais secrètement d’étrangler aussitôt arrivée à la maison.
– Alors, Anissa me ferait-elle l’honneur de prendre un verre ?
Les mots continuaient de mourir au seuil de ma bouche.
– Bien sûr qu’elle est d’accord, lança Carmelita. N’est-ce pas Anissa ? Nous nous retrouvons tout à l’heure. Tiens, laisse-moi te débarrasser de ta valise. Tu viens Christ. Nous rentrons. A tout à l’heure ma puce.
Aussitôt dit, aussitôt fait, mes amis m’abandonnaient comme si de rien n’était. Il me fallait donc très vite reprendre mes esprits.
Assis dans un café, deux minutes plus tard, les présentations furent vite faites :
– Je m’appelle Ludovic. Je suis informaticien. On se tutoie, veux-tu ?
– Euh ! Je…. Oui. Où habites-tu ?
– Tu as une très jolie voix, tu sais. Je suis de passage en France. Je partage un appartement à Londres avec deux amis d’enfance, Pascal et Charles. Ne me demande pas pourquoi nous sommes tous les trois devenus informaticiens. Je ne saurais pas te répondre. Alors, si tu me parlais de toi !
Quoi dire ? Que je préparais un DEA de langues appliquées, que j’habitais avec mes deux meilleurs amis, les jumeaux Carmelita et Christ ! Que le dernier garçon auquel j’avais dit je t’aime m’avait quitté six mois avant pour une autre ! Quoi dire ? Finalement j’ai esquissé un :
– Pour moi, Londres c’est l’une des plus belles villes au monde.
– Alors, tu aimes beaucoup les voyages ? a-t-il répondu.
Nous avons parlé encore et encore. Un peu comme si nous nous connaissions depuis des lustres. Je dois dire que je fondais littéralement pour son sourire. Nous avons, au bout d’une heure de blabla, compris que nous venions de la même ville, Port-Gentil, une petite perle baignée par l’Atlantique.
– J’y étais il y a deux mois à peine, me dit-il.
– Cela fait trois ans que je ne suis pas rentrée, répondis-je.
Nous avons encore parlé pendant trois quarts d’heure. Puis, il s’est proposé pour me déposer à mon domicile. « Mon ami Greg, chez qui je descends, a une voiture. Il est en chemin (…) »

Suite sur http://aflit.arts.uwa.edu.au/Ineditmerey_apinda5.html

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