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Yovo, Muzungu – Solidarité…Question, question, question…

Yovo, Muzungu – Solidarité …Question, question, question…

Le Yovo, Muzungu ou autres appellations du « blanc » – en fonction de son pays de résidence – fait l’objet de toutes les attentions dès le moment où il pointe le bout du nez dehors : enfants, vendeurs, les sollicitations pleuvent de toutes parts. Pour le « qualifié de » rencontreur que je suis, cela est plaisant au premier abord mais cela le devient moins quand on se rend compte que la démarche n’est pas toujours désintéressée. Le « blanc a l’argent, c’est bien connu ! » Les clichés d’antan ont la vie dure…

En Afrique, la solidarité est avant tout culturelle. Elle est et reste encore – même si les temps changent – l’un des piliers des sociétés traditionnelles. Il s’agit ni plus ni moins d’une question de survie dans un contexte souvent difficile. Les gens savent qu’ils peuvent toujours compter sur leurs familles ou leurs voisins en cas de coup dur, pour autant que ceux-ci aient les moyens de les aider. Cela participe d’ailleurs à un climat social sain et équilibré.

Reconnaissons cependant que cette solidarité semble de plus en plus biaisée, même au sein des familles, par les disparités de situations sociales qui se sont créées. La solidarité est devenue systématique sans doute parce que de plus en plus de personnes sont dans le besoin. Le peuple entier semble tiré vers la misère et peu de gens réussissent à sortir du lot. Du coup, la charité n’est plus reçue comme un cadeau venant du cœur mais comme un dû. Et il y a une vraie pression sociale autour de ça. Il est très mal vu d’avoir de l’argent sans le partager. Dans certains milieux, cela crée une ambiance malsaine. Il y a ceux qui en soupçonnent d’autres d’avoir plus de richesses que ce qu’ils n’affichent, ceux qui ne se prennent pas en main et qui attendent qu’on les aide, ceux qui se cachent d’avoir gagné de l’argent, ceux qui sont jaloux et envieux et trouvent un prétexte pour demander la charité à un proche…

Les mentalités changent.

La « solidarité familiale » devient parfois un boulet. Je me souviens d’une dame qui, à force de travail s’était constitué un petit patrimoine et qui le faisait fructifier en étant à la tête d’une station-essence. Elle était sans cesse harcelée par la « famille » proche ou lointaine…On lui demandait de l’argent pour soigner un enfant (en bonne santé), pour créer son restaurant (3 fois déjà sans que le restaurant ne voit le jour) et si elle refusait, la dite famille n’hésitait pas à jeter l’opprobre sur elle.
Quant à moi, j’ai pu constater et je le constate encore que certaines rencontres sont faussées par une attente de charité. J’ai lu un jour une phrase qui me semble refléter le ressenti de beaucoup : « tout étranger a forcément une bonne situation et de l’argent à donner » ce qui revient au « le blanc a l’argent, c’est bien connu » cité plus haut. Heureusement, d’autres rencontres vous émerveillent…

« Après Dieu il y a les Blancs » ai-je déjà entendu et certains d’ajouter que les Blancs sont supérieurs aux Noirs, qu’ils ont l’argent, le savoir, les compétences. Comment cela est-il possible ? Comment peut-on encore croire à la suprématie intellectuelle de telles ou telles ethnies ? Le concept fallacieux de races a, hélas, encore de beaux jours devant lui.

On me dit alors que ce complexe d’infériorité est dû à des siècles de traite des Noirs, à la colonisation, au « développement ». Il y a là un ressentiment bien compréhensible. Depuis ses premiers contacts avec l’Europe, l’Afrique a toujours été dominée par les blancs et exploitée pour ses ressources : de la main d’œuvre gratuite, de l’ivoire, du coton, du sucre, du café, des fruits, des pierres précieuses, du pétrole, du gaz, du cobalt et j’en passe.…
A l’heure actuelle, l’on est même en droit de se poser la question du développement de l’Afrique comme prétexte pour les Occidentaux en vue de continuer à consommer les ressources du continent sous couvert de solidarité internationale. A mots à peine voilés, l’on s’interroge alors sur le fait que s’il y avait vraiment développement, ne pensez-vous pas que l’Afrique aurait pris en main son destin depuis longtemps * ?

Nous faisons croire que nous pouvons aider l’Afrique à vivre mieux, à se développer et que nous sommes indispensables à cela. Quelle triste ironie ! J’aime à citer Jomo Kenyatta, premier Président du Kenya indépendant : « Lorsque les premiers missionnaires sont arrivés en Afrique, ils avaient la Bible et nous la terre. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Quand nous avons rouvert les yeux, nous avions la Bible et eux la terre. »

Sankara l’avait compris au Burkina Faso, il s’est affranchi – quel terrible mot – des puissances coloniales…Il a été assassiné. Comme d’autres d’ailleurs. Vous me direz alors que c’est la corruption* qui gangrène l’Afrique. Si cette affirmation tend à être vraie, pourquoi alors l’Europe et le reste du monde ne sont-ils pas aussi mal en point ? Le lobbying « chez nous » n’est-il pas le pendant de la corruption ? Ah oui, juste, « chez nous » c’est légalisé !

Le bilan du « développement » de l’Afrique est pour le moins tristounet. Le taux de scolarisation et l’espérance de vie restent faibles un peu partout à quelques rares exceptions, la mortalité infantile élevée. La corruption gagne tous les niveaux de la société. Elle se banalise. Les raisons sont sans doute à chercher du côté de l’accroissement des inégalités sociales et du fossé culturel grandissant entre les Africains les plus riches et ceux qui vivent encore dans des villages. L’Afrique exporte des tonnes de marchandises alimentaires en Europe dont une bonne partie ne sera même pas consommée alors que les taux de malnutrition des enfants africains sont toujours élevés. L’Afrique est l’un des gros producteurs de café de la planète et pourtant les Africains ne boivent que du Nescafé soluble importé d’Europe, le sucre avec Nestlé… L’Afrique n’a pas d’industrie automobile mais elle récupère tous les déchets que nous lui envoyons gentiment en recyclage. « Là-bas, ils sont débrouillards, ils vont continuer à réparer et à utiliser… » Et on se débarrasse de nos poubelles la conscience tranquille.

Alors bien sûr, on ne peut pas nier qu’il y a des flux d’argent vers l’Afrique pour panser les plaies et aider les populations. Mais sont-ils réellement efficaces ? L’aide internationale ? « Tant qu’elle ne finance pas directement des projets sur le terrain, le peuple n’en verra pas la couleur » ! L’aide des grosses ONG ? « Quand on voit les bâtiments qu’ils se paient dans les capitales, les parcs automobiles de ceux qui y travaillent et leurs salaires exorbitants au regard du niveau de vie, on se demande quel pourcentage des dons faits est réellement utilisé pour les actions sur le terrain ! » (A Cotonou, j’ai même confondu l’Unicef avec l’Ambassade des Etats-Unis).

En attendant, le peuple… attend, désespéré de sa situation misérable en tendant la main vers l’Europe sans se rendre compte que cette attitude elle-même contribue à maintenir le continent dans un état de dépendance destructeur pour les populations. La seule arme que je trouve efficace pour contrer cette descente aux enfers est actuellement la culture. Des femmes et des hommes se lèvent, des artistes s’élèvent… Faut-il encore qu’ils/elles soient entendu.e.s

Nous avons une dette envers l’Afrique, une dette humaine et écologique et pourtant on n’entend parler que de la dette financière qu’elle a contractée envers l’Occident. Les questions fusent : que devons-nous faire pour régler cette dette ? Est-il seulement possible de s’en acquitter ? Le problème est complexe. Faut-il cesser nos échanges avec le continent africain ? Faut-il développer plus de projets humanitaires ? Quelles seraient les conséquences de ces choix ?

Depuis plusieurs années en Afrique, on m’a offert l’hospitalité avant même de me connaître, on m’a offert à manger sans rien demander en retour. Le partage est naturel, sincère. Pourquoi alors oublier cette règle simple d’humanité lorsqu’il s’agit d’un partage à l’échelle planétaire ? En ce qui concerne les projets d’aide aux populations, comme on l’a évoqué plus haut, tous ne sont pas efficaces, beaucoup sont même destructeurs. Car il n’est pas facile d’aider quelqu’un : cela demande de comprendre les vrais besoins de la personne et de lui donner les moyens de résoudre ses problèmes (ce n’est pas l’aider que de les résoudre à sa place). Les projets d’aide qui fonctionnent sont donc ceux qui se construisent sur des relations humaines saines.

Alors le dialogue, la solution ? La culture, le levier ?

A suivre…

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