Benin

« Sinibagirwa » dans la presse béninoise

Et pour y voir plus clair, voici le texte de l’interview…

  1. Bonjour Fabrice Salembier. Vous êtes l’auteur d’un essai récemment publié aux éditions Vénus d’Ebène de Cotonou, et intitulé Sinibagirwa. La première question qui me vient à l’esprit, c’est : pourquoi ce titre ? Que veut dire le mot Sinibagirwa ?

En effet. Le pourquoi du titre est une évidence pour moi qui ai vécu l’horrible drame du génocide au Rwanda et ce titre, signifiant « je n’oublie pas » en Kinyarwanda (langue du pays), m’est apparu le plus représentatif de mes états d’âme même plus de vingt après.

  1. Pourquoi avoir choisi de rendre publiques aujourd’hui ces notes autobiographiques ?

Dans un premier temps je les ai écrites pour moi, une sorte de souvenir d’un vécu partagé entre le continent européen et le continent africain. L’écriture me libère souvent de mes démons, des aléas de la vie. Puis les encouragements sont venus, « fais-toi publier…, ose, essaie… ». Etant au Bénin, je me suis alors renseigné sur les maisons d’éditions ici. Beaucoup m’ont dit qu’il n’y avait pas de « qualité » en matière d’éditions au Bénin. Les rencontres lors de Miss Littérature m’ont montré le contraire. Un livre finalisé au Bénin se doit – mais c’est un avis tout personnel – être publié au Bénin…

  1. Le livre relate un peu votre parcours sur deux continents, le continent africain et le continent européen. Comment définiriez-vous votre relation avec l’Afrique ?

Une relation d’amour : elle est vraie, elle est belle, elle est nature. Je l’ai épousée en 1991 après seulement quinze jours de présence au Rwanda. Il m’a été dit à cette époque que si après quinze jours tu te demandais encore ce que tu faisais là, tu n’avais alors que d’autres choix que de t’en retourner là où tu étais. J’ai dû quitter Rwanda contraint et forcé et je me souviens me dire que même si cela devait prendre 20 ans, je retournerais sur le continent noir.

  1. L’ouvrage Sinibagirwa montre deux pans de cette relation d’amour particulière entre le continent africain et vous : votre séjour au Rwanda et celui au Bénin. Quels parallèles et quelles dissemblances pouvez-vous relever entre ces deux nations ?

Il y a beaucoup de points communs entre le Rwanda des années 90 et le Bénin actuel : le premier a évolué en un temps record pour être ce qu’il est aujourd’hui – même si la pauvreté existe encore – et le second est dans une phase qui le mènera sur un chemin du même type si toutes les forces vives du pays parlent d’une même voix. L’accueil africain en général est unique ! 

  1. Si l’on devait retenir une chose, une seule de votre livre, qu’est-ce que vous souhaiteriez que ce soit ?

La rencontre de l’autre ! Etre assis sur un banc à l’école, dans une université est important mais cela ne remplacera pas les connaissances et les expériences acquises lors des échanges… J’apprécie particulièrement l’expression « je suis diplômé de la parole sous le baobab », elle est tellement vraie.

  1. Y a-t’il toujours eu chez vous cette envie de devenir écrivain ou est-ce que la publication de cet essai est advenu par un concours de circonstances ?

Ecrivain est un bien grand mot. Je parlerais plutôt d’écrits…vains mis en lumière par des encouragements béninois venus d’auteurs du pays.

  1. En matière de littérature, quelles sont les œuvres, quels sont les auteurs majeurs qui vous ont influencé ?

Je vais peut-être décevoir les lecteurs ou les passionnés de belles lettres. J’ai lu de tout mais je n’ai pas vraiment subi d’influence. Plus jeune j’achetais les livres en double exemplaire ; l’un dans lequel j’annotais mes réflexions, l’autre que je gardais vierge dans ma modeste bibliothèque. Néanmoins, les deux ouvrages qui me viennent à l’esprit, pour répondre à cette question, sont « les pensées » de Pascal et « La madeleine » de Proust… Je peux aussi citer Balzac… Sinon, je suis dans la lecture de plusieurs ouvrages d’auteurs contemporains africains. 

  1. Travaillez-vous actuellement sur d’autres projets d’ouvrages, des essais, des fictions ?

Actuellement, je planche sur un petit livret sur la ville de Ouidah qui pourrait servir aux touristes et qui serait mis en vente au profit d’un petit centre pour enfants handicapés béninois dont je suis responsable. Un roman est aussi en cours et encore bien « encré » dans mon stylo et qui serait intitulé « l’enfant de Ouidah »… Sinon, j’écris quelques bafouilles sur mon blog avec, comme exercice intéressant, de petits textes que je crée à partir de 5 mots qui me sont donnés par les internautes… Et là on est alors dans le second degré voire davantage. Dans ce blog, je parle aussi de mes rencontres au Bénin… « Les béninoiseries de FA » https://lemondedefa.wordpress.com/

  1. Vous vous intéressez fortement au monde littéraire béninois. Vous avez d’ailleurs récemment présidé le jury du concours Miss Littérature. Quel regard portez-vous sur la production livresque au Bénin et l’organisation de la chaîne du livre ? Une comparaison peut-être avec votre pays d’origine, la Belgique…

Je suis subjugué par les ouvrages béninois, c’est d’une qualité, d’un descriptif qui vaut parfois davantage qu’une photo, qu’un film. Lors de Miss Littérature, j’ai aussi été très étonné de la qualité des jeunes pousses littéraires. Il est très difficile de vivre de son art ici en Afrique, si ce n’est pour quelques-uns, trop rares d’ailleurs, et c’est bien dommage. Pour la chaîne du livre, il m’est difficile de pouvoir juger puisque c’est ma première expérience. Pour la distribution et le choix, là, il y a en effet un triste constat… Le livre n’est pas assez accessible, non pas nécessairement, par son coût mais par le manque de point de vente et de prêt.

  1. Comment se procurer Sinibargiwa au Bénin, en Afrique, en Belgique, dans le monde ? Je voudrais en fait savoir s’il existe un plan de promotion de cet ouvrage ?

C’est ma maison d’éditions (Vénus d’Ebène) qui se charge de la promotion au Bénin : des émissions radios et interviews dans différents quotidiens sont prévues, un lancement officiel également. Je sais que le livre va se rendre en Côte-d’Ivoire et au Togo également. EN Belgique, ce sera pour décembre, via des amis qui vont me préparer des séances de dédicaces… ET puis il y a les réseaux sociaux, etc etc. Pour le monde, il faudra attendre le prix Renaudot (rires)

  1. Evoquons pour finir vos activités professionnelles au Bénin ; vous vous impliquez notamment dans le milieu associatif…

Je suis en effet coordinateur d’une ONG belge qui s’occupe d’adolescents qui connaissent des difficultés en Belgique (relations avec les parents, erreurs de parcours, difficulté de trouver sa place dans la société). Nous les recevons au Bénin pour des périodes de trois mois, période pendant lesquelles ils vivent le quotidien de familles béninoises. Cela leur permet de réfléchir à leur vie, à leur avenir en partageant une autre culture que la leur. « Partir pour mieux revenir ». Parallèlement à cela, nous avons aussi un petit centre pour enfants handicapés béninois : on s’occupe de leur scolarité et nous essayons de les (ré)insérer dans la vie active.

  1. Envisagez-vous un jour un retour définitif en Belgique ?

Si ce retour devait se faire, il serait alors indépendant de ma volonté… Je suis bien ici. J’y ai été accueilli comme nulle part ailleurs et je pense être bien intégré. Mes racines sont belges mais mon cœur est devenu béninois.

  1. Quelle est la question que j’ai omis de vous poser ? Veuillez la poser, et y répondre.

Ce sera alors deux questions et donc deux réponses…

Ce que je déteste le plus ? L’hypocrisie, les gens qui veulent écraser les autres pour arriver, la jalousie.

Ce que j’apprécie le plus ? L’honnêteté. J’ose espérer que ce mot ne disparaisse pas trop vite des dictionnaires…

  1. Avez-vous un appel à lancer à nos lecteurs ?

Encourager la lecture, encourager les jeunes béninois qui se lancent dans l’écriture, dans la chanson, le slam, la poésie, le théâtre, dans tout ce qui touche à la culture. N’oublions pas que la jeunesse, c’est notre avenir !

Je vous remercie.

Claude ALOFA

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