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Débat ORTB radio: Polygamie, une nécessité pour la société africaine ou un mal à conjurer ?

Ce lundi 7 août, j’ai eu l’opportunité de débattre du sujet repris en titre de cet article en compagnie de personnalités publiques béninoises. Un débat très intéressant où des points de vue diamétralement opposés se sont confrontés dans le respect le plus total.

Voici l’intervention que j’avais préparée pour l’occasion…et quelques photos.

Depuis 2004, la polygamie n’est plus la norme au Bénin. La nouvelle version du Code des personnes et de la famille a été adoptée faisant de la monogamie le régime de droit commun et de la polygamie l’exception. Les  Béninois doivent désormais, avant de convoler en deuxièmes noces, disposer de l’autorisation écrite de leurs premières conjointes. Le texte de loi donne également les mêmes droits aux différentes épouses ainsi qu’à leur progéniture. Autre point important, pour être reconnus, les mariages devront être célébrés devant un officier d’Etat civil. Au total, « le nouveau code met sur le même pied d’égalité l’homme et la femme. La femme était jusqu’ici considéré comme un bien de l’homme », commente Maître Huguette Bopke Gnacadja, membre du Comité des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, (Cedef). Ce ne sera plus le cas, du moins devant la justice.

A l’instar de nombreux pays africains où cette pratique relève des us et coutumes, la polygamie est bel et bien une réalité au Bénin. Selon ce que j’en entends, cette nouvelle loi incitant à la monogamie frustre encore certains hommes dans leur égo de mâle mais aussi certaines femmes dans le sens où les femmes sont dépendantes financièrement.

« Il vaut mieux avoir plusieurs femmes que de vaquer au libertinage sexuel » m’a dit un béninois.

En 2005 « Une seule femme, cela ne suffit pas », telle est la devise de Hayam Dorbek, une journaliste égyptienne mère de deux enfants, qui va tête nue, habillée à l’occidentale. Très prise par son travail et peu encline aux rythmes de la vie de famille, elle voudrait que son mari choisisse une seconde épouse. « La polygamie permet aux femmes de se garder un espace de liberté », explique-t-elle pour justifier la création d’une association de défense de la polygamie appelée « Tayssir » [facilité]

Dans l’Ancien Testament, David avait une multitude de concubines et Salomon plus de trois cents femmes. En Europe avant Jésus-Christ, de nombreuses peuplades en particulier les Germains et les Slaves étaient polygames, mais cette pratique était réservée aux riches et aux aristocrates. Chez les Grecs et les Romains, la monogamie était la règle, les hommes mariés n’excluaient toutefois pas d’entretenir une ou plusieurs concubines. Dans l’Arabie préislamique, le nombre de femmes n’était pas limité et le divorce était l’apanage des hommes. L’Eglise protestante, enfin, à certaines périodes de son histoire, s’est montrée très tolérante avec la polygamie non officielle des rois et des nobles. Qu’en est-il aujourd’hui ? demande encore le quotidien romain, qui rappelle qu’aux Etats-Unis, chez les Mormons de l’Utah, la polygamie est couramment pratiquée.

Quant aux pays musulmans, peu d’entre eux l’ont complètement éradiquée, la Tunisie et la Turquie en sont de rares exemples. En Egypte comme en Jordanie, 8 % des hommes ont plus d’une épouse, mais très peu dépassent le chiffre de deux. En Syrie, un homme qui veut prendre une seconde épouse doit apporter la preuve qu’il en a les moyens. En 1958, l’Irak en avait interdit la pratique, mais elle a été rétablie par Saddam Hussein en 1994. En Arabie Saoudite enfin, 70 % des hommes ont une seule femme, 16 % deux, 6 % trois et 2 % quatre. L’Afrique est aussi concernée : un projet de loi d’interdiction de la polygamie a en effet suscité une levée de boucliers en Ouganda. Le roi du Swaziland a, à l’époque, organisé une fête avec toutes les jeunes vierges du pays, dans le but de choisir sa onzième épouse. Dans un certain nombre de pays d’Afrique de l’Ouest, le nombre d’épouses est limité à quatre.

En Occident, lorsqu’un homme a une liaison avec une autre femme, on pense que sa femme n’arrive pas à le satisfaire, que son mariage n’est pas réussi, que sa femme lui a fait du tort d’une certaine façon. Puisque l’Occident considère la monogamie comme étant « normale » et la polygamie comme étant « anormale », on pense qu’il s’est passé forcément quelque chose dans le couple, qui a poussé l’homme à avoir une aventure avec une autre femme.

Je suis contre pour que cela évite les conflits me disait récemment une jeune maman béninoise. C’est quand je lui ai demandé si la polygamie n’était pas une dévalorisation de la femme qu’elle m’a répondu « aussi » mais elle ne l’a pas suggéré elle-même.

Personnellement, il m’est difficile de concevoir la polygamie. Mon occidentalisme, se devrait de la condamner mais la réalité ici au Bénin est tout autre. On va sans doute crier au scandale mais ici en Afrique, je la comprends pour des raisons de cultures. Les droits de l’Homme, les droits de la Femme, n’est-ce pas aussi les droits de…choisir ? Et quel est l’avis des enfants de familles polygames ? N’interprétez pas ce que je dis : comprendre la polygamie ne signifie en rien l’accepter, la refuser, la critiquer même si, et je le répète, mon éducation n’a jamais évoqué cette question…

 

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