Benin

Il rêvait…

Il rêvait *…

Baudelaire n’écrivait pas en vers, il n’allait pas à l’école. Handicapé depuis sa tendre enfance, il n’était pas aux yeux de sa famille, aux yeux de sa communauté et donc, par la même, aux yeux des autres.

Pourtant, il était bien présent mais ignoré de tous. D’abord d’un papa qui avait préféré quitter le foyer avec les enfants normaux selon ses propres dires, les enfants qui pourraient lui apporter de l’aide.

Que pouvait faire Baudelaire pour ce papa sinon être un fardeau, une bouche à nourrir sans que celle-ci ne lui apporte confort et aides matérielles ? On ne s’embarrasse pas d’une telle chose ! C’est ainsi depuis nombre d’années : ce qui est cassé va à la poubelle. C’est plus aisé, plus facile.

Baudelaire restait seul dans son coin, la maman ne pouvant, ne sachant pas quoi faire, l’avait confié à la grand-mère, souffrante, qui faisait son possible pour cet enfant peu gâté par la vie selon la norme que nous nous en faisons.

La vie, parlons-en, elle était bel et bien ancrée en lui ; son éternel sourire en témoignait. A la force des bras, il se traînait de sa chambre vers l’extérieur espérant trouver un peu de chaleur, lui qui avait un rêve, comme chacun d’entre nous d’ailleurs, celui de devenir éleveur de lapins. Je suis persuadé qu’il les voyait ses lapins gambader dans le grand clapier qu’il s’était mis en tête de construire. En rêve, oui mais cette nourriture qu’est le rêve le transcendait malgré que la communauté, la « famille », ne voyait en lui tantôt qu’une punition céleste tantôt qu’une divinité aux sombres aspects qu’il fallait ignorer. C’est dire la solitude dont il souffrait du moins je le suppose car ce jeune homme n’en parlait pas, il souriait juste.

Chez moi les interrogations fusaient. Comment pouvait-il atteindre son rêve, toucher à celui-ci sans soutien, sans reconnaissance ? Il était mais n’existait pas ! J’aurais tant voulu sonder son âme, le voir de l’intérieur, partager sa peine, ses espoirs. L’aider à espérer. Lui, il souriait toujours. Sa seule force sans doute.

Alors que je m’étais mis en quête de réponses à ma perception de cette vie, Baudelaire s’en est allé sans faire de bruit, avec ses rêves, ses espérances, voir si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs, l’herbe qu’il aurait tant voulu pour ses lapins. Dorénavant, les anges veillent sur lui, parce qu’eux ont compris l’importance de toute vie humaine.

L’ignorance, la peur sont autant de choses qui nous rendent parfois bien pauvres. La beauté de l’âme n’est jamais apparente, elle réside dans le cœur de celui qui la détient. Baudelaire avait cette beauté. Il la communiquait à sa manière mais personne ne l’a vue ou, à tout le moins, personne ne l’a comprise ou n’en avait cure.

Il avait un rêve, il s’en est allé…

*Une histoire qui a, sans doute, existé, qui existe, qui existera encore tant que nous fermons nos âmes, nos cœurs, nos vies à l’Autre…

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