Politi(comi)ques ou pas

Qui sera l’élu ?

voteAprès avoir été sélectionnés lors d’un casting, des « aventuriers », hommes et femmes, divers par leur âge et leur vie professionnelle, sont conduits sur la plage d’une île réputée déserte, quelque part sous les tropiques (Bon ici, c’est souvent dans une salle de réception, moins paradisiaque sans doute). Il s’agit à partir de là pour eux d’organiser leur survie tout en participant à une série d’épreuves, l’objectif étant d’aller jusqu’au bout de l’aventure.

Dans une première partie du jeu, les épreuves sont jouées par équipe…(ce qui ne dure pas longtemps). Ces équipes sont constituées de façon arbitraire peu de temps après l’arrivée sur l’île (C’est souvent la tête de pipe, pardon la tête de liste qui orchestre la manœuvre). D’un point de vue formel, cette répartition des aventuriers entre différentes équipes met en œuvre deux principes: un principe de différenciation qui distingue, le temps du jeu, des identités sociales différentes et un principe de segmentation.

Les couleurs correspondent à des statuts sociaux qui viennent s’ajouter, le temps du jeu, aux statuts que chacun des aventuriers a apporté avec lui (masculin/féminin, jeune/vieux, marié/non marié, militaire/non militaire, etc.). Quant aux équipes, elles correspondent à des positions sociales. Dans le cas présent, statut et position, c’est-à-dire principe de différenciation et principe de séparation, peuvent sembler se confondre, puisque tous les membres d’une équipe, en vertu de la règle du jeu, partagent une même identité de couleur.

Mais on constate aussi que cette identité (et l’unité de l’équipe) reste fragile. La cohésion des équipes voudrait que, dans la situation de compétition instaurée par le jeu, la couleur statutaire l’emporte sur les autres statuts que les aventuriers ont amenés avec eux sur l’île. Mais chaque aventurier conserve toute la gamme de ses statuts : une telle n’est pas seulement d’une couleur (mais aussi femme/non homme, mère/non sans enfant, plus ou moins jeune, de telle origine ethnique…). Il en résulte que de nouvelles unités ou sous-unités peuvent se construire sur la base d’identités autres que celle que le jeu met en avant… Et c’est ainsi que se construit l’histoire d’une élection.

Mais j’entends d’ici les demi-habiles et les mékeskidi : « Pff… Quelle sociologie ? Tout ça c’est truqué par la production » (sic). Peut-être. Et surtout, même «truqués », les liens sociaux restent des liens sociaux que les lois de la vie sociale continuent à structurer…

La « prod » ne saurait effacer ni les habitus et statuts que chacun a amené avec lui sur l’île, ni les processus inconscients par lesquels se construit, dans tout collectif, de l’identité par différenciation et de l’unité par segmentation.

Si vous n’avez pas compris, ce n’est point grave… Il vous suffira de repasser en boucle la prochaine saison intitulée « Elections 2014 »

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