Etats d'âme

Une expérience de salle d’attente

Une porte austère, un escalier froid, un silence pesant…j’entre, hésitant, dans la salle d’attente. J’y trouve des visages fermés. A mon timide bonjour, ce sont de furtifs regards qui répondent. Il fait lourd, le chauffage fonctionne. Des bancs en bois, comme dans les églises, vous invitent à vous asseoir. La justice des Hommes, la justice de Dieu assises sur les mêmes bancs suis-je en train de penser… Les fenêtres sont occultées, la lumière n’entre pas. Une phrase me vient aussitôt à l’esprit ; « la Justice est aveugle »… Je souris.

Je décide de rester debout dans le fond de la salle persuadé que je n’en ai pas pour longtemps. Il est 14h30, heure de mon rendez-vous.

Aux murs, deux tableaux vous regardent : Paola et Albert sont toujours là…A l’écart, une avocate relit ses notes ; sa plaidoirie passe par une préparation minutieuse.

Les justiciables sont tantôt plongés dans leurs dossiers, tantôt le regard vide… On croise les doigts, on décroise les jambes… Ils sont jeunes, vieux, beaux, laids mais tous sont fermés dans l’attente du couperet ou de la délivrance. L’épée de Damoclès plane silencieuse au-dessus de nos têtes.

Je suis mal à l’aise, cette chaleur désagréable ne fait que rendre l’atmosphère détestable. Une place se libère, je décide de m’asseoir.

Une brave dame raconte sa vie à sa voisine qui l’écoute avec bienveillance, c’est quelque peu attendrissant. Ecouter les autres, sans porter de jugement, cela devient rare de nos jours. Elle parle de son défunt mari, de ses petits-enfants, de sa vie pas facile semble-t-il.

Avez-vous remarqué ce besoin systématique que nous avons de parler du passé… Serait-ce là la recette de l’avenir ?

Les uns sortent fumer, les autres « smartphonent ». L’attente est longue, l’on s’occupe comme on peut…. Les uns sont appelés, les autres patientent. Une jeune dame, enceinte, se retourne vers moi et me demande quel est mon numéro de passage… Nous sommes donc des numéros en attente. Je suis étonné, je n’ai pas de numéro. La personne qui doit être entendue en même temps que moi en dispose certainement. Nous nous rendons compte que nous avons été convoqués, toutes et tous à 14h30. Il est 15h30… On échange quelques mots, on plaisante un court instant et dans la foulée deux personnes sont appelées… La délivrance pour eux ? Rien n’est moins sûr, vous connaissez la justice.

Le silence reprend ses droits.

Je me dis que Paola et Albert devront encore attendre…Ils semblent être restés trop longtemps sur ce mur ; ils sont « usés », « jaunis » par le temps. Mon regard se perd à nouveau dans cette pièce, je me laisse à penser, je…

J’entends mon nom : « c’est à moi » me dis-je…

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