Etats d'âme

La taverne

N_taverne5Quel endroit merveilleux qu’une taverne pour imaginer une tranche de vie… Vous y entrez en scrutant l’endroit, saluez le tenancier, commandez un café… Il est 10 hrs.

Les premiers clients sont attablés au bar, lisent le journal, papotent de la vie qu’ils mènent… Un représentant se présente, déballe ses nouveaux produits. Produits qui sont les meilleurs sans aucune mesure avec la concurrence bien entendu. C’est de bon aloi, sa vente passe par la verve qu’il déploie à l’égard de sa marchandise. S’ensuit une âpre négociation qui se clôturera sur un « au mois prochain et merci »…

La journée est calme, on a l’impression que le temps s’est posé, lui aussi comme les clients du jour ; l’un a le regard perdu, l’autre scrute à la fois l’entrée et sa montre, il attend manifestement quelqu’un qui ne vient pas… Il se lèvera plus tard en signalant au patron qu’il repassera… « Rendez-vous manqué » me dis-je et j’imagine une histoire qui se termine avant même d’avoir commencé. Un « Chef, un autre verre, merci » me ramène à la réalité.

Le lieu est banal, un peu vieillot même…Les gens semblent tristes…il est tôt… Le rire, c’est pour plus tard ?

Il est 11 hrs, l’établissement se remplit, c’est l’heure de l’apéro… Ils arrivent par groupe de deux, trois… Le patron les appelle par leurs prénoms… Assurément ce sont des habitués. Quelques rires gras, des bières, l’un ou l’autre alcool, le serveur se retrousse les manches ; sans doute, se frottera-t-il les mains en fin de journée, satisfait de son chiffre.

Je demande, en reprenant un café, s’il est possible de manger… La réponse est aimablement négative. Quelques clients sortent fumer… Interdiction oblige… Les gens s’observent, c’est amusant… Un geste de la tête, un léger sourire.

Je quitte l’endroit vers 11h30. « Je repasserai tout à l’heure » me dis-je… La curiosité me pousse tout autant que l’attitude des personnes qui fréquentent cet établissement. Une tranche de vie, une journée d’observation au café…

J’y suis de retour ; il est 20 hrs… « Un café, Monsieur, me lance le tenancier sourire aux lèvres »… Fortiche, le gars… sens des affaires, physionomiste… Il a tout pour fidéliser sa clientèle. Je lui rétorque, amusé, « c’est le soir… une bonne bière belge fera l’affaire ». Je prends la même place que ce matin, à croire qu’elle m’était dévolue.

« Vous êtes déjà venu ce matin » me dit-il en m’apportant une bière. La conversation s’engage ; les questions fusent… Pas le temps de répondre à toutes ; mon interlocuteur est rappelé à ses fonctions par des clients impatients… L’endroit est toujours aussi vieillot mais comment pourrait-il en être autrement.

La populace est bel et bien présente… On y est, on va refaire le monde, critiquer les uns et les autres, sortir les blagues salaces… Le matin, tous les chats sont gris ; le soir, les gens se grisent, se débarrassent de leur timidité aidés en cela par l’alcool qui, une fois n’est pas coutume, délie les langues, enivre les esprits.

On ne sort plus pour fumer, les cendriers sont de sortie… L’endroit brave les autorités mais à quel prix. Cela ne semble poser problème à qui que ce soit. Personne ne s’en offusque.

L’endroit a définitivement changé ; les conversations se mélangent à la musique qui sévit de plus en plus fort, on est loin du calme matinal. La bière coule à flots, on chante, on danse même…

J’observe plus particulièrement un trio ; deux femmes, un homme… Ils discutent, boivent à une cadence effrénée … C’est juste mon avis… Des mains se perdent sous la table sous les rires amusés de la personne ciblée… Chuchotements, gloussements sont de mise. Qui suis-je pour m’immiscer, de manière indirecte, dans ce moment bien à eux ? Tant pis, c’est amusant, c’est …la vie, leur vie. Ils la soumettent aux regards indiscrets, dès lors ce moment nous appartient.

Les heures défilent, les boissons aussi. Il me faut garder les idées claires, je bois modérément… Les gens sont ivres, cela danse et drague à tout va, on se croirait dans une discothèque vétuste ; je suis invité à danser, je réponds que je suis un piètre danseur. Elle insiste, je lui propose plutôt de prendre un verre en ma compagnie. Elle hésite… Un bûcheron passe, lui prend le bras et l’emmène sur la piste… Ouf sauvé !

J’ai l’impression que toute la misère du monde se retrouve au même endroit au même moment… Cela ne vole pas très haut… Mon regard se retourne vers le trio qui est devenu un duo. Une des femmes a quitté la table, l’homme a déployé tout son attirail de séduction ; elle est à lui, cela ne fait aucun doute.

Il se lève, titube, se rend aux toilettes. La dame, seule, téléphone. Que peut-elle dire et entendre dans le brouhaha ambiant… Elle sort… La démarche est hésitante… L’homme revient non sans être arrêté par l’une ou l’autre connaissance ; ça rit, ça gueule… Il la cherche des yeux, regards interrogateurs çà et là… Elle revient, ils se rassoient… et ils boivent…

Une bousculade interrompt mon observation, le patron intervient fermement… Les esprits s’échauffent… Il est 23 hrs. Il est temps pour moi de partir… Je décide pourtant de prolonger mon séjour ; la curiosité est plus forte.

Forte comme la bière spéciale que je me commande. Ce sera la dernière de la soirée, pas envie de devenir comme « eux ».

Le trio devenu couple se lève ; manifestement la dame en a assez. Ils s’embrassent comme de bons amis, elle chancelle – cause à effet -, ils se quittent, elle sort, il reste.

Il s’approche du comptoir ou près d’une dame bien en chair…tout dépend du regard que vous portez à la scène. Il se commande une nième bière, discute avec elle, elle rit, il sourit… et lui empoigne la poitrine à pleines mains. C’en est trop, j’en ai assez vu…

Il me paraît peu probable que je retourne dans cet endroit, à tout le moins aux « heures de pointe »…

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